Les enjeux de Nagoya

Cette 10ème Conférence des Parties (*) se tenant pendant l’Année internationale de la biodiversité, revêt une importance particulière. D’autant que l’objectif 2010 que s’était fixé la communauté internationale de freiner l’érosion de la biodiversité n’a pas été atteint. Voir article là.

A Nagoya, il s’agit donc de relever le défi du post-2010, et cette fois de le réussir.

Trois sujets vont tenir le devant de la scène :

  • le protocole APA (ABS en Anglais) « Accès et Partage des Avantages »
  • le plan d’action fixant les objectifs post-2010
  • la création de l’IPBES (International Platform on Biodiversity and Ecosystem Service) ou « GIEC de la Biodiversité ».
Mais ces 3 dossiers ne doivent pas faire oublier que beaucoup d’autres recommandations seront discutées, telles :
  • la mobilisation des ressources,
  • la stratégie mondiale pour la conservation des plantes,
  • la communication et la sensibilisation.

Mais aussi les programmes de travail définis comme nécessitant un examen approfondi :

  • la diversité biologique des eaux intérieures,
  • la diversité biologique marine et côtière,
  • la diversité biologique des montagnes,
  • les aires protégées,
  • l’utilisation durable de la diversité biologique,
  • la diversité biologique et les changements climatiques.

Ou encore les questions agricoles, forestières, celles des terres arides, des espèces envahissantes et l’initiative taxonomique mondiale.

Enfin, l’étude TEEB « Approche économique de la biodiversité et des services écosystémiques » pilotée par Pavan Sukhdev sera définitivement présentée.

Quelques articles sur l'étude TEEB :
- Le vert est à la mode
-
L'approche économique de la biodiversité

LE point clef

Le point clef qui va sous-tendre la réussite ou l’échec de l’ensemble de la Conférence est celui des financements.

Pour faire simple, disons que les pays du Sud regroupés au sein du G77, expriment l’idée que pour qu’ils puissent se préoccuper de biodiversité il faut les y aider car ils doivent par ailleurs faire face à d’autres préoccupations vitales pour leur population, telles la lutte contre la pauvreté voire contre la famine, les questions sanitaires, et d’une manière générale, leur développement et le niveau de vie de leur population.

Les pays « riches » parties prenantes, l’Union Européenne, et le Japon notamment mais aussi l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse ou la Norvège…(les Etats Unis ne sont pas parties à la CDB) doivent répondre à cette demande, légitime (même s’il faut distinguer au sein du G77 des pays comme le Brésil ou la Chine, et les pays africains, par exemple).

C’est ici que le Protocole sur l’Accès et le Partage des Avantages prend une importance majeure et de sa signature ou non, dépendent les avancées sur les autres sujets et notamment l’ambition du plan stratégique post-2010 voire la mise en place de l’IPBES (GIEC de la biodiversité).

Egalement essentielles, la question de l’aide aux pays en développement et celle des financements dits innovants.
Concernant l'aide aux pays en développement, les discussions tournent notamment autour d'un point non tranché : faut-il flécher un pourcentage de l'aide aux pays en développement (APD) à des projets liés à la biodiversité ?

Nous pensons que oui, et nous nous étonnions que la France ne soutienne pas cette option, alors qu'un engagement du Grenelle préconise de consacrer 10% des financements de l'APD à des projets alliant développement et biodiversité. Finalement suite aux réunions préparatoires, et à la demande que nous y avons faite, la France a choisi de soutenir cette option en l'adaptant ; pour elle, 10% des projets (et non des financements) de l'Aide aux pays en Développement doivent être des projets qui font le lien avec la biodiversité. Actuellement, environ 2% seulement des financements de l'Agence française de développement y sont consacrés.

Nous attendons aussi de la France qu'elle soutienne un ambitieux plan de développement des financements innovants afin que la prochaine COP dans 2 ans puisse prendre des décisions en leur faveur.

Résultat de Nagoya

Succès complet à Nagoya, puisque les 193 pays ont trouvé un accord sur les trois points clefs (protocole APA, plan stratégique, IPBES) et, cerise sur le gâteau, sur un plan de mobilisation des ressources financières.

Voir le communiqué de presse que nous avons publié la nuit où a été obtenu l'accord.

Voir les documents "décisions" tels qu'adoptés à l'issue de la Conférence, mais ils ne sont actuellement disponibles qu'en anglais (toujours plus de 200 pages).

Pour mémoire, voir ici le document (en français) pré-Conférence (200 pages) « Projet de décisions » qui présente les résolutions soumises à discussion (les textes en grisé n’ont encore jamais été discutés, ceux sur fond blanc ont fait l’objet de pré-négociations, les parties entre [ ] restant à trancher).

Voir le communiqué de la CDB.

* Conférence des Parties : c'est la réunion regroupant toutes les parties prenantes à la Convention de la Diversité Biologique ; elle se tient tous les 2 ans.

 

 


www.biodiversite2012.org

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