http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/60087.htm
Thon rouge : et 416.666 douzaines d'oeufs s'il vous plait !
La mondialisation touche aussi les goûts culinaires, et ce n'est pas sans conséquence. Par exemple, l'engouement international plutôt récent pour les sushis et les sashimis menacerait d'extinction le thon rouge à la base de ces spécialités japonaises. C'est en tous les cas une des causes de la forte demande du marché et de la surpêche qui en découle. La situation est à ce point préoccupante pour Thunnus thynnus, et toutes les espèces de thons en général, qu'il existe même - depuis fort longtemps d'ailleurs (40 ans) - une commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique, CICTA [1] dont le siège est à Madrid. "Menaces sur le thon rouge" est d'ailleurs le titre d'un long article consacré à ce sujet dans le numéro de juillet 2009 du magazine "Pour la Science".
Pour ne pas menacer l'espèce tout en ne frustrant pas les amateurs de cette "torpille" des mers qui peut filer bon train à plus de 70 km/h, une solution serait d'en maîtriser l'aquaculture. Jusqu'à présent, les essais étaient restés vains, qui ne permettaient pas d'obtenir un nombre significatif d'oeufs viables des femelles thons rouges captives. Les choses pourraient bien changer avec ce qui est présenté par l'IEO, l'Instituto Español de Oceanografia [2], comme "un succès scientifique à l'échelle mondiale" : l'obtention de 5 millions d'oeufs viables de thon rouge de l'Atlantique au Centro Oceanográfico de Murcia de l'IEO [4]. Ses chercheurs ont stimulé hormonalement la ponte des femelles thons qui 72 heures plus tard, ont donné leurs premiers oeufs. La stimulation s'est faite dans l'eau, dans les bassins de l'entreprise Tuna Graso. Les oeufs ont été recueillis pour commencer des expériences de cultures des larves au Centro Oceanográfico de Murcia ; l'obtention des oeufs viables n'est évidemment qu'un premier pas dans tout un processus de recherche à mener avant l'obtention de thons adultes. Cela passe en particulier par des recherches sur l'alimentation. Ce travail est au coeur du projet européen SELFDOTT mené par l'IEO et financé par le 7ème PCRD et auquel participent, entre autres, l'université de Montpellier, l'IFREMER et le CNRS.
Hippocampes en liberté
Dix jeunes hippocampes d'un an, nés et élevés en captivité, viennent d'être relâchés dans l'estuaire d'Arousa (près de Pontevedra et Vigo en Galice). Pour l'IIM, l'Instituto de Investigaciones Marinas de Vigo du CSIC [5], l'équivalent espagnol du CNRS, c'est la première fois au monde que cet animal est réintroduit dans son milieu naturel [6]. Les hippocampes en question ont été sélectionnés génétiquement pour ne pas altérer la diversité génétique de la population locale, et sont équipés de marqueurs sous-cutanés qui permettront de les suivre pendant au moins un an. Le but de cette ligne de recherche dirigée par Miguel Planas de l'IIM, en collaboration avec des scientifiques de l'université de Saint-Jacques de Compostelle et de l'ICCM, l'Instituto Canario de Ciencias del Mar, est l'étude des populations naturelles des hippocampes de mer, le développement de techniques d'élevage permettant l'obtention de bancs de reproducteurs contrôlés génétiquement et l'étude de la viabilité des espèces relâchées. De cette étude, il ressort aussi que le mythe de l'hippocampe monogame n'est pas fondé : manifestement, dans le but d'assurer sa descendance, l'hippocampe est prêt à des entailles au contrat de mariage.




