Chez la très grande majorité des espèces de vertébrés, un individu naît mâle ou femelle, conserve ce sexe toute sa vie, et se reproduit avec un individu de sexe opposé. Les poissons se caractérisent au contraire par une impressionnante diversité de leurs sexualités et modes de déterminisme du sexe (facteurs génétiques ou environnementaux qui déterminent si un individu deviendra mâle ou femelle). En effet, chez certaines espèces de poissons (dites « hermaphrodites »), des individus peuvent changer de sexe au cours de leur vie. Par exemple, chez certaines espèces de poissons de corail, les petites communautés comprennent de fortes proportions de femelles et quelques mâles. Si l’un des mâles meurt (ou est retiré de la communauté), la plus grosse femelle va changer de sexe et devenir un mâle fonctionnel, pour remplacer celui qui a disparu. Inversement chez d’autres espèces, certains individus mâles, vont après leur reproduction, devenir ensuite des femelles fonctionnelles. Dans la plupart des cas, ces individus hermaphrodites vont donc se reproduire par couple. Quelques rares espèces peuvent exceptionnellement pratiquer l’autofécondation : c’est le cas d’une espèce hermaphrodite vivant en milieu tropical, et dont certains individus sont piégés dans de petites mares après la saison des pluies. Les fortes températures de la saison sèche provoquent rapidement l’évaporation de l’eau de ces petites mares. Pour assurer la survie de l’espèce, un tel individu est alors capable de produire en même temps des œufs et du sperme, et de pratiquer ainsi une autofécondation. Ces œufs vont s’enkyster pour se protéger de la sécheresse. Le retour des pluies provoquera la reprise du développement embryonnaire, et les alevins (bébés poissons) retourneront à la rivière, et adultes se reproduiront par couple d’hermaphrodites, sauf, ceux qui à leur tour seront piégés dans de petites mares.

- Photo : Agnès Delannoy
On le voit, la sexualité des poissons est diverse, et se caractérise entre autre par une importante plasticité de la différenciation du sexe [1] . Cette plasticité est telle, qu’au moment de cette différenciation du sexe, tous les alevins qui se trouvent dans une eau contenant des hormones mâles (androgènes) ou qui consomment des aliments en contenant vont devenir des mâles. Inversement, les mêmes alevins vont devenir des femelles en présence d’hormones femelles (oestrogènes). Ainsi certaines molécules utilisées dans différentes industries (papeterie, cosmétiques, détergents, ..) ou même en agriculture (insecticides, pesticides, ...), qui se retrouvent dans des cours d’eau, peuvent à certaines doses modifier la différenciation du sexe ou les caractères sexuels secondaires (coloration, forme des nageoires, organes et/ou orifices génitaux, ...), d’espèces de poissons qui peuplent les zones ainsi polluées ; bien évidemment ces effets des xénobiotiques peuvent alors avoir des conséquences sur la reproduction des individus et par suite mettre en danger la (les) population(s) de poissons contaminés.
Plus récemment, les chercheurs ont mis en évidence, que certaines espèces de poissons, pouvaient être sensibles à des modifications de la température de l’eau : comme chez les tortues, les crocodiles ou certaines espèces d’amphibiens [2], une modification de la température environnante à des périodes critiques du développement, est capable de modifier la proportion de mâles et de femelles dans une population. Dans certaines espèces, les fortes températures favorisent ainsi de fortes proportions de mâles (tilapia), tandis que chez d’autres espèces, elles augmentent au contraire le pourcentage de femelles (bar, certains poissons-chats, certains poissons-plats, ...).
Comme chez la plupart des vertébrés, une reproduction efficace requiert chez beaucoup d’espèces de poissons, une population équilibrée en mâles et en femelles. Une déviation en faveur des mâles ou des femelles peut donc, chez certaines espèces affecter la reproduction, et par suite, la survie de la population, voire de l’espèce. Chez les tortues, de très faibles modifications de températures (moins d’un degré chez certaines espèces) peuvent induire la production de populations exclusivement composées de femelles. Chez les poissons, une sensibilité de la différenciation du sexe à la température est constatée chez un nombre croissant d’espèces analysées. Pour certaines espèces, de fortes élévations de la température sont nécessaires pour qu’un effet soit constaté. Chez d’autres espèces, quelques degrés seulement suffisent à modifier la proportion de mâles et de femelles.
Un changement de température de quelques degrés seulement (lié au bouleversement climatique global ou au rejets d’eau chaudes dans les fleuves, rivières et autres milieux humides), est donc susceptible de dévier la proportion de mâles et femelles de certaines espèces de poissons (mais aussi d’amphibiens, de reptiles et d’invertébrés), ce qui aurait une incidence sur de nombreux maillons des écosystèmes aquatiques (Eau douce, mais aussi saumâtres ou marines) et pourrait dans certaines situations conduire à la disparition d’espèces.
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[1] Chez tous les vertébrés, y compris l’homme, les gonades de tout individu passent par un stade indifférencié (non sexué) ; la différenciation du sexe regroupe l’ensemble des processus qui permettent la transformation d’une gonade indifférenciée en un testicule ou un ovaire. L’ensemble de ces processus est « piloté » par des facteurs génétiques portés par des chromosomes (déterminisme génétique du sexe) et/ou des facteurs environnementaux (déterminisme génétique du sexe). Le déterminisme génétique du sexe résulte donc de la combinaison des facteurs génétiques apportés par les 2 parents lors de la fécondation. La différenciation du sexe est un événement qui débutera beaucoup plus tard, après la formation des gonades indifférenciées.
[2] Au contraire, chez les mammifères, la différenciation du sexe n’est pas influencée par les hormones, et le sexe est exclusivement déterminé par des facteurs génétiques portés par les chromosomes sexuels. Chez beaucoup d’espèces de poissons, le déterminisme du sexe est complexe, et résulte d’interactions entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux.





