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Pour la première fois en Europe, une équipe de recherche espagnole a relevé et étudié la progression d’un poisson envahisseur, le Misgurnus anguillicaudatus [1], originaire de l’est asiatique et détecté dans les eaux de l’Ebre depuis 2001. Depuis cette date et suivant sa fulgurante expansion, le poisson s’est répandu dans différentes parties du fleuve où il se trouve à présent établi. Les chercheurs n’excluent pas le fait dans les prochaines années qu’il occupe de nouvelles zones et devienne une menace pour des espèces autochtones.
L’expansion du Misgurnus anguillicaudatus contraste avec la disparition progressive de certaines espèces autochtones du fleuve et des eaux de la péninsule ibérique, dont 80% des espèces sont menacées. L’introduction des espèces en dehors de leur habitat d’origine est la menace la plus importante pour la biodiversité comme l’explique une étude publiée dans le dernier numéro de Biological Invasions [2].
Les écosystèmes aquatiques continentaux sont les plus affectés par l’apparition de nouvelles espèces d’envahisseurs et le cas des poissons est le plus préoccupant. Actuellement, les eaux de la péninsule contiennent davantage d’espèces introduites de l’extérieur que d’espèces autochtones.
Le Misgurnus anguillicaudatus est un petit poisson de couleur jaunâtre et d’environ 20 cm de long qui a d’abord été repéré en 2001 dans la Sèquia Mare, canal drainant les rizières du delta de l’Ebre situé dans l’hemidelta nord (en marge de la rive gauche du fleuve) bien que quelques spécimens aient été également aperçus dans le fleuve. En quelques années, il a occupé la quasi-totalité de l’hemidelta et s’est répandu jusqu`au sud où il fût détecté en 2005. Bien que son expansion ces dernières années soit constatée, elle devrait être réduite par la salinité de l’eau car il ne vit habituellement pas dans des eaux saumâtres. C’est une des raisons pour laquelle, le poisson n’a pas envahi les lagunes, les marais et les marécages du delta. Les chercheurs pensent que ces poissons présents dans les eaux de l’Ebre proviennent de fuites et de rejets des installations d’entretien et de distribution de poissons tropicaux. Les centres d’élevage et d’entretien de poissons tropicaux constituent un sérieux danger et l’un des coeurs du processus d’invasion biologique.
Il serait responsable du développement de plathelminthes -qui sont des vers parasites- et pourrait entrer en concurrence de manière indirecte avec les espèces autochtones dans leur recherche de ressources alimentaires. Chaque introduction d’une espèce dans un écosystème donné a des répercussions sur le reste des espèces vivantes, qui ont dans le cas des poissons, des effets toujours néfastes. Dans la partie basse de l’Ebre, le poisson Misgurnus anguillicaudatus pourrait menacer l’existence de la blennie fluviatile (Salaria fluviatilis) [3] et du Cobitis paludica [4]. Selon les chercheurs, ce poisson est une des plus récentes "incorporation" dans la faune aquatique ibérique.
Bien qu’il soit encore peu présent en Europe, dans d’autres zones telles que les Phillipines, les Etats-Unis, l’Asie centrale, l’Australie et plusieurs îles du Pacifique, il est en pleine expansion car il est utilisé comme poisson d’ornement dans les aquariums et comme appât vivant.




