Pavan Sukhdev se fait le chantre de "l'économie verte"

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68168.htm

Invité le 28 octobre dernier par le Heinz Center [1] à Washington, l'économiste environnemental Pavan Sukhdev [2] présentait les résultats d'un rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) intitulé "Vers une économie verte", publié en février 2011 [3]. M. Sukhdev est également l'auteur principal du rapport de référence sur l'économie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB) - souvent comparé au rapport Stern sur l'économie du changement climatique, dévoilé lors du sommet mondial de la Convention sur la Diversité Biologique à Nagoya en octobre 2010 [4].

Le PIB, un indicateur inadapté à l'économie verte

M. Sukhdev rappelle que le PNUE définit l'économie verte comme "une économie qui améliore le bien-être humain et l'équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et les pénuries écologiques". Il précise que si tous les pays cherchent à atteindre cet objectif, aucun n'y est encore parvenu, bien que nombre d'entre eux adoptent des politiques favorisant une transition vers une économie verte.


Parmi les obstacles s'opposant à la transition vers une économie verte se trouvent les indicateurs de mesure employés actuellement, affirme Pavan Sukhdev. En particulier, le Produit Intérieur Brut (PIB), indicateur économique de référence, n'est pas adapté à une économie verte, puisqu'il ne mesure que les flux économiques et omet les impacts sociaux et environnementaux, comme l'épuisement des ressources naturelles. "Mesurer le PIB revient à ouvrir le robinet et à mesurer à quelle vitesse l'eau s'écoule" explique M. Sukhdev.


Le poids économique des écosystèmes naturels est sous-représenté dans le PIB "classique". En particulier, la dépendance des populations pauvres aux écosystèmes n'est pas prise en compte, alors qu'il s'agit souvent de leur unique source de revenus. Lorsque cette dépendance est intégrée au PIB, le poids économique des écosystèmes naturels est significativement plus important. A titre d'exemple, les écosystèmes naturels représentent près de 15% du PIB de l'Indonésie ; néanmoins, puisque 99 millions d'habitants (plus de 40% de la population du pays) dépendent directement de ces écosystèmes pour vivre, leur importance réelle dans l'économie du pays est en réalité plus proche de 85% du PIB. "La nature n'est pas seulement un luxe pour les riches, c'est aussi un besoin vital pour les pauvres" souligne M. Sukhdev.


Financer la transition vers une économie verte


L'étude concentre son analyse à 10 secteurs économiques clés comme l'agriculture, l'exploitation forestière ou la production d'énergie, dont la transformation est considérée comme primordiale pour réussir la transition vers une économie verte.


Les résultats de l'étude montrent qu'investir près de 2% du PIB mondial dans ces secteurs clés suffirait à initier une transition vers une économie verte à un niveau de croissance comparable ou supérieur à celui de l'économie actuelle, tout en évitant les crises et les problèmes qui lui sont associés. Cela représenterait un investissement de près de 1300 milliards de dollars (958 milliards d'euros) par an à réaliser dans le capital naturel, les technologies faibles en carbone et l'efficacité énergétique. Si la somme est importante, elle représente pourtant moins de 10% des investissements annuels mondiaux dans le capital physique, peut-on lire dans le rapport. Ces investissements devrait également se traduire par des créations d'emplois dans tous les secteurs économiques : + 4% dans l'agriculture d'ici 2020, + 20% dans le secteur forestier et de l'énergie d'ici 2050...


Pour financer ses investissements, l'étude appelle à réduire ou à supprimer les subventions qui encouragent l'utilisation inefficace de ressources naturelles. Elles représentent à l'heure actuelle entre 1% et 2% du PIB mondial. Pavan Sukhdev évoque spécifiquement les subventions aux énergies fossiles (484 milliards d'euros par an) et à l'agriculture industrielle (202 milliards d'euros par an) comme priorités. Réduire ces subventions permettrait à la fois d'atténuer l'impact environnemental de l'économie tout en libérant des ressources pour financer la transition vers une économie verte. "Si vous subventionnez des secteurs économiques déjà compétitifs, comment les industries émergentes pourraient-elles réussir ?" déclare Pavan Sukhdev.


Le défi de la transition vers une économie verte est moins d'apporter de nouveaux financements que d'inventer des mécanismes financiers innovants qui intègrent l'impact de l'économie sur l'environnement, qu'il s'agisse d'accords internationaux (REDD+, Fonds vert pour le Climat...) ou de politique nationale (taxation des ressources naturelles, donner la priorité aux investissements publics "verts"...). Du Bangladesh au Kenya en passant par la Chine, de nombreux exemples existent et démontrent qu'une transition vers une économie verte est possible, affirme Pavan Sukhdev.


Un moyen efficace de combattre la pauvreté et de réduire l'impact climatique


M. Sukhdev présente deux domaines dans lesquels l'économie verte disposerait d'un réel potentiel pour se rapprocher du développement durable, qui doit se traduire par une augmentation de l'Indice de Développement Humain (IDH) global et une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).


A cause de la dépendance des économies des pays en voie de développement à l'agriculture de faible envergure (60% des fermes dans le monde disposent d'une surface cultivable de moins de 2 hectares), une augmentation même minime des rendements agricoles représente un moyen très efficace d'améliorer les conditions de vie des fermiers. En effet, une augmentation de 10% des rendements agricoles revient à une réduction de la pauvreté de l'ordre de 7% en Afrique et de 5% en Asie, affirme Pavan Sukhdev. Dans cette optique, des pratiques agricoles vertes (faible utilisation de pesticides, refus des OGM...) se révèlent particulièrement efficaces pour les petites exploitations.


Si les innovations technologiques sont nécessaires pour réduire les émissions de GES liées à la production d'énergie, l'efficacité énergétique et le déploiement de technologies faibles en carbone déjà existantes doivent représenter la majorité des réductions d'émissions de GES, quels que soient les scénarios envisagés.


Le secteur privé a un rôle à jouer, à condition de changer les règles


Les entreprises ont un rôle important à jouer dans cette nouvelle économie, et leurs investissements dans les secteurs verts augmentent rapidement, puisqu'ils représentaient plus de 147 milliards d'euros en 2010 pour le seul secteur de l'énergie "propre". Cependant, afin que leur contribution soit réellement positive, la manière de comptabiliser les coûts et la rentabilité d'une entreprise doit évoluer pour mieux refléter la réalité, prévient M. Sukhdev.


A l'heure actuelle, seuls les bénéfices et les pertes de la sphère privée sont chiffrés et pris en compte, alors que les coûts imposés à la collectivité sont ignorés car "invisibles" bien qu'ils peuvent être significatifs. Dans l'exemple cité par Pavan Sukhev, les coûts résultants de l'exploitation forestière en Chine (désertification, perte de la prévention du ruissellement des eaux...) représentent 178% des bénéfices économiques de l'activité. En particulier, l'étude estime que l'économie mondiale cause près de 1583 milliards d'euros par an en coûts environnementaux, avec 5 secteurs économiques (production d'électricité, production d'hydrocarbures, activité minière et sidérurgique, agriculture et construction) totalisant près de 60% de ces coûts.


En conclusion de sa présentation, Pavan Sukhdev prévient qu'il ne faut pas attendre de transformation radicale du secteur privé sans de profonds changements des règles au préalable.


"Pourquoi les entreprises devraient-elles changer si le monde extérieur ne change pas ? Ce ne sont pas des entités motivées par la recherche de valeur mais uniquement par celle du profit. Il existe des modèles d'entreprises alternatifs, mais [...] ils ne deviendront pas le modèle dominant à moins d'un changement de règles au préalable" affirme M. Sukhdev.

Source : BE Etats-Unis numéro 266 (14/11/2011) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68168.htm


Le PIB, un indicateur inadapté à l'économie verte

M. Sukhdev rappelle que le PNUE définit l'économie verte comme "une économie qui améliore le bien-être humain et l'équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et les pénuries écologiques". Il précise que si tous les pays cherchent à atteindre cet objectif, aucun n'y est encore parvenu, bien que nombre d'entre eux adoptent des politiques favorisant une transition vers une économie verte.

Parmi les obstacles s'opposant à la transition vers une économie verte se trouvent les indicateurs de mesure employés actuellement, affirme Pavan Sukhdev. En particulier, le Produit Intérieur Brut (PIB), indicateur économique de référence, n'est pas adapté à une économie verte, puisqu'il ne mesure que les flux économiques et omet les impacts sociaux et environnementaux, comme l'épuisement des ressources naturelles. "Mesurer le PIB revient à ouvrir le robinet et à mesurer à quelle vitesse l'eau s'écoule" explique M. Sukhdev.

Le poids économique des écosystèmes naturels est sous-représenté dans le PIB "classique". En particulier, la dépendance des populations pauvres aux écosystèmes n'est pas prise en compte, alors qu'il s'agit souvent de leur unique source de revenus. Lorsque cette dépendance est intégrée au PIB, le poids économique des écosystèmes naturels est significativement plus important. A titre d'exemple, les écosystèmes naturels représentent près de 15% du PIB de l'Indonésie ; néanmoins, puisque 99 millions d'habitants (plus de 40% de la population du pays) dépendent directement de ces écosystèmes pour vivre, leur importance réelle dans l'économie du pays est en réalité plus proche de 85% du PIB. "La nature n'est pas seulement un luxe pour les riches, c'est aussi un besoin vital pour les pauvres" souligne M. Sukhdev.

Financer la transition vers une économie verte

L'étude concentre son analyse à 10 secteurs économiques clés comme l'agriculture, l'exploitation forestière ou la production d'énergie, dont la transformation est considérée comme primordiale pour réussir la transition vers une économie verte.

Les résultats de l'étude montrent qu'investir près de 2% du PIB mondial dans ces secteurs clés suffirait à initier une transition vers une économie verte à un niveau de croissance comparable ou supérieur à celui de l'économie actuelle, tout en évitant les crises et les problèmes qui lui sont associés. Cela représenterait un investissement de près de 1300 milliards de dollars (958 milliards d'euros) par an à réaliser dans le capital naturel, les technologies faibles en carbone et l'efficacité énergétique. Si la somme est importante, elle représente pourtant moins de 10% des investissements annuels mondiaux dans le capital physique, peut-on lire dans le rapport. Ces investissements devrait également se traduire par des créations d'emplois dans tous les secteurs économiques : + 4% dans l'agriculture d'ici 2020, + 20% dans le secteur forestier et de l'énergie d'ici 2050...

Pour financer ses investissements, l'étude appelle à réduire ou à supprimer les subventions qui encouragent l'utilisation inefficace de ressources naturelles. Elles représentent à l'heure actuelle entre 1% et 2% du PIB mondial. Pavan Sukhdev évoque spécifiquement les subventions aux énergies fossiles (484 milliards d'euros par an) et à l'agriculture industrielle (202 milliards d'euros par an) comme priorités. Réduire ces subventions permettrait à la fois d'atténuer l'impact environnemental de l'économie tout en libérant des ressources pour financer la transition vers une économie verte. "Si vous subventionnez des secteurs économiques déjà compétitifs, comment les industries émergentes pourraient-elles réussir ?" déclare Pavan Sukhdev.

Le défi de la transition vers une économie verte est moins d'apporter de nouveaux financements que d'inventer des mécanismes financiers innovants qui intègrent l'impact de l'économie sur l'environnement, qu'il s'agisse d'accords internationaux (REDD+, Fonds vert pour le Climat...) ou de politique nationale (taxation des ressources naturelles, donner la priorité aux investissements publics "verts"...). Du Bangladesh au Kenya en passant par la Chine, de nombreux exemples existent et démontrent qu'une transition vers une économie verte est possible, affirme Pavan Sukhdev.

Un moyen efficace de combattre la pauvreté et de réduire l'impact climatique

M. Sukhdev présente deux domaines dans lesquels l'économie verte disposerait d'un réel potentiel pour se rapprocher du développement durable, qui doit se traduire par une augmentation de l'Indice de Développement Humain (IDH) global et une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

A cause de la dépendance des économies des pays en voie de développement à l'agriculture de faible envergure (60% des fermes dans le monde disposent d'une surface cultivable de moins de 2 hectares), une augmentation même minime des rendements agricoles représente un moyen très efficace d'améliorer les conditions de vie des fermiers. En effet, une augmentation de 10% des rendements agricoles revient à une réduction de la pauvreté de l'ordre de 7% en Afrique et de 5% en Asie, affirme Pavan Sukhdev. Dans cette optique, des pratiques agricoles vertes (faible utilisation de pesticides, refus des OGM...) se révèlent particulièrement efficaces pour les petites exploitations.

Si les innovations technologiques sont nécessaires pour réduire les émissions de GES liées à la production d'énergie, l'efficacité énergétique et le déploiement de technologies faibles en carbone déjà existantes doivent représenter la majorité des réductions d'émissions de GES, quels que soient les scénarios envisagés.

Le secteur privé a un rôle à jouer, à condition de changer les règles

Les entreprises ont un rôle important à jouer dans cette nouvelle économie, et leurs investissements dans les secteurs verts augmentent rapidement, puisqu'ils représentaient plus de 147 milliards d'euros en 2010 pour le seul secteur de l'énergie "propre". Cependant, afin que leur contribution soit réellement positive, la manière de comptabiliser les coûts et la rentabilité d'une entreprise doit évoluer pour mieux refléter la réalité, prévient M. Sukhdev.

A l'heure actuelle, seuls les bénéfices et les pertes de la sphère privée sont chiffrés et pris en compte, alors que les coûts imposés à la collectivité sont ignorés car "invisibles" bien qu'ils peuvent être significatifs. Dans l'exemple cité par Pavan Sukhev, les coûts résultants de l'exploitation forestière en Chine (désertification, perte de la prévention du ruissellement des eaux...) représentent 178% des bénéfices économiques de l'activité. En particulier, l'étude estime que l'économie mondiale cause près de 1583 milliards d'euros par an en coûts environnementaux, avec 5 secteurs économiques (production d'électricité, production d'hydrocarbures, activité minière et sidérurgique, agriculture et construction) totalisant près de 60% de ces coûts.

En conclusion de sa présentation, Pavan Sukhdev prévient qu'il ne faut pas attendre de transformation radicale du secteur privé sans de profonds changements des règles au préalable.

"Pourquoi les entreprises devraient-elles changer si le monde extérieur ne change pas ? Ce ne sont pas des entités motivées par la recherche de valeur mais uniquement par celle du profit. Il existe des modèles d'entreprises alternatifs, mais [...] ils ne deviendront pas le modèle dominant à moins d'un changement de règles au préalable" affirme M. Sukhdev.

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