Bonn, Allemagne, 20 mai 2008 (IUCN/GISP) – Les plantes utilisées pour les agro-carburants présentent un risque élevé de se comporter comme des espèces invasives, annonce un communiqué de l’IUCN lors de la 9ème conférence des parties à Bonn.
Le Programme Mondial sur les Espèces Invasives (GISP en anglais) a recensé l’ensemble des variétés utilisées actuellement pour la production d’agro-carburants ou dont l’utilisation est envisagée, et les ont catégorisées en fonction du niveau de risque qu’elles présentent en tant qu’espèces invasives potentielles.
Le rapport publié par ce programme, « Biofuel Crops and Non Natives Species : Mitigating the risks of invasion » appelle les pays a évaluer les risques avant de lancer la culture de nouvelles semences. Il exhorte les gouvernements à utiliser des espèces à faible niveau de risque, et à mettre en place des procédures adaptées pour maîtriser le risque lié aux espèces invasives.
« Le danger posé au Monde par les espèces invasives ne pourrait être plus grave », d’après Sarah Simmons, directrice de ce programme. « Elles sont l’une des principales causes de la perte de biodiversité et constituent une menace pour le bien être et la santé humaine, en causant des milliards de dollars de dégâts ou de coûts engendrés par les efforts nécessaires pour les contrôler et limiter leur propagation. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester passifs face à cette menace ».
Les dommages causés par les espèces invasives ont été estimés à 1.400 milliards de Dollars par an, soit 5% de l’économie mondiale. Les Etats-Unis dépensent à eux seuls 120 milliards de Dollars par ans pour contrôler et réparer les dégâts causés par plus de 800 espèces invasives sur leur territoire.
La canne de Provence (Arundo donax), par exemple, est une plante pressentie pour la production d’agro-carburants, originaire d’Asie mineure. Elle est déjà considérée comme invasive sur une partie de l’Amérique du Nord et de l’Amérique centrale. Naturellement inflammable, elle accroit le risque d’incendie. En Afrique du Sud, elle est considérée comme un véritable fléau, de part sa consommation d’eau de l’ordre de 2 mètres cube par plan pour chaque mètre de croissance, ce qui la fait entrer en compétition avec les besoins en eau de la population du pays. Beaucoup de plantes envisagées pour la production d’agrocarburants présentent les caractéristiques pour devenir invasives (Elle croissent vite et se multiplient facilement) si elles sont introduites sur de nouveaux habitats. Peu de pays ont mis en place les procédures appropriées pour évaluer le risque potentiel, et limiter les dégâts si nécessaire. Et à ce titre, les pays en développement sont les plus vulnérables.
« Mieux vaut prévenir que guérir », rappelle Geoffrey Howard, coordinateur du programme espèces invasives pour l’IUCN. « Nous devons stopper les invasions avant même qu’elles ne commencent. L’industrie des biocarburants est encore jeune, il est encore temps d’agir préventivement. Ne laissons pas passer cette opportunité ».
Le palmier à huile africain est un autre exemple des dégâts que les espèces invasives peuvent causer. Utilisé pour la production du biodiesel, il est devenu envahissant en plusieurs endroits du Brésil, transformant ce qui était auparavant une forêt primaire riche en biodiversité en un champ uniforme de palmier à huile.
La convention des nations unies sur la biodiversité biologique se réunissant actuellement à Bonn, en Allemagne, offre une excellente opportunité pour lancer une action à l’échelle mondiale contre la propagation des espèces invasives. Le GISP recommande la plus grande prudence ainsi que des procédures de contrôle appropriées avant que la décision de planter ne soit prise. Il appelle aussi la communauté scientifique internationale à accentuer l’effort de recherche dans ce domaine.
Pour lire le rapport intégralement (en anglais), voir :




