« Entre passé et présent, distance certes. Mais comment penser l’un sans l’autre ? »
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En montagne comme partout, l’homme est à la fois élément et acteur de biodiversité. Mais loin d’en être ce parasite que certains extrémistes jugeraient presque en trop (c’est le sujet du récent roman de J.Ch. Ruffin « Dans le jardin d’Adam »), il y est un créateur, très souvent ignoré.
C’est lui, pourtant, que la FAO place au centre de sa réflexion dans son programme « Aménagement durable des montagnes ». La note d’information publiée dans le cadre de sa « Journée internationale de la montagne » du 11 /12/2006, indiquait :
« Les montagnes sont des réservoirs de diversité biologique mondiale. Elles soutiennent un quart de la diversité biologique terrestre et abritent environ la moitié des points chauds de la biodiversité mondiale. Cette biodiversité procure des moyens d’existence aux populations des montagnes et fournit des services de base issus des écosystèmes tels que l’eau douce, le bois, les plantes médicinales et un espace de loisir pour les habitants des plaines environnantes de plus en plus urbanisées. »
Superposition d’intérêts où, en haut, en bas, chacun trouve son compte. La montagne produit des formes spécifiques d’agriculture et d’élevage, ce faisant, elle génère ce que la terminologie officielle appelle externalités positives : paysages ; entretien des espaces par le pâturage : il évite l’embroussaillement, les risques d’incendie, mais assure aussi la richesse d’une flore qui nous semble naturelle uniquement parce qu’elle est devenue la nature que nous aimons ; milieu ouvert enfin pour les randonnées familiales ou sportives, etc... Cette participation récemment reconnue de la montagne à l’intérêt général n’annule en rien sa fonction productrice primaire, le document le soulignait ainsi :
« En tant que réserves de diversité génétique, les montagnes aident à nourrir le monde. Plusieurs cultures telles que le maïs, les pommes de terre, l’orge, le sorgho, les tomates et les pommes, ainsi que de nombreux animaux domestiques comme les moutons, les chèvres, les yaks, les lamas et alpagas, sont originaires des montagnes. D’autres cultures, par exemple, le blé, le riz, les haricots, l’avoine, le raisin, les oranges, et le seigle ont trouvé de nouveaux espaces d’implantation dans les montagnes et ont donné naissance à un grand nombre de nouvelles variétés. /.../
Cependant, la biodiversité ne se limite pas aux plantes, aux animaux, et aux micro-organismes, et leurs écosystèmes, elle concerne également les populations des montagnes et leurs besoins /.../, leurs traditions culturelles et sociales, leurs connaissances de l’environnement et leur adaptation aux habitats. Les montagnards ont développé des systèmes très différents d’utilisation de la terre qui sont adaptés localement et qui regroupent une grande variété de plantes et d’animaux sur des sites spécifiques. Cet héritage représente un capital mondial qu’il faut gérer pour le bénéfice de l’humanité et des générations futures./.../
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- © bbesche commenge - 2007
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Les vaches de Jean Pierre, seules, assez tard en arrière-saison, entre 1900 et 2200 mètres. Depuis quelques années, Jean Pierre renouvelle son cheptel avec des taureaux « Bruna dels Pirineus « , race locale du versant sud des Pyrénées (http://www.brunadelspirineus.org/). Il a ainsi renoué les très anciens liens qui unissaient les deux versants.
Il monte deux fois par semaine s’assurer que tout va bien. La montagne est à plusieurs heures de marche de la route, mais elle n’est pas difficile d’accès. De nombreux retraités du coin s’y promènent : sans l’entretien qu’assure le bétail, elle serait inaccessible, les chemins et les pentes intermédiaires envahis par la végétation. Originaires du pays ils connaissent le bétail, sont capables au coup d’œil de juger son état, et passent voir Jean Pierre, au retour, ou lui téléphonent pour une compte rendu spontané : cela va de soi sans qu’il soit besoin de le demander.
La cloche fixée au collier a bougé, il faut resserrer l’attache. Habituée aux gestes de son maître, la vache ne se lève même pas. Repue, allongée au soleil, elle continue à somnoler en ruminant. Je suis toujours impressionné par cette intimité des éleveurs bovins de la montagne avec des bêtes qui s’enfuient lorsqu’on s’approche d’elles sans les connaître, et peuvent même parfois devenir alors agressives.
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Identique problème avec les plantes cultivées, les céréales, les légumes, les fruitiers. En tous ces domaines, on est passé, en à peine un demi-siècle, de la variété des réponses en fonction de la variété des milieux, à une homogénéisation des produits et des conditions d’élevage ou culture.
L’appauvrissement dans la variété des races et des modes d’exploitation se redouble d’un autre : à l’intérieur des races devenues dominantes, la sélection privilégie certains reproducteurs seulement, restreignant davantage la variété génétique du bétail élevé, et les modes d’élevage qui doivent être adaptés à ce bétail quasiment de compétition. Ils deviennent alors de plus en plus indépendants des milieux spécifiques, de plus en plus homogènes et artificiels.
Les progrès accomplis ont été réels, et positifs contrairement à l’image caricatural qu’on en donne souvent, même si, aujourd’hui, les conséquences négatives de ce fonctionnement à sens unique sont visibles. Elles ne figuraient pas dans les intentions de ses promoteurs. D’autres cependant, aux même époques, en soulignaient déjà les risques potentiels, ou voulaient simplement continuer des façons d’élevage qui ne leur semblaient pas avoir déméritées. Ces autres sont le sujet de cet article. Impossible d’aborder cette longue histoire en détail, quelques brèves indications simplement. Elles suffisent à montrer comment les systèmes d’élevage anciens reposaient sur une intelligence des milieux que notre époque semble redécouvrir ... en oubliant comment celle-ci fut évacuée, marginalisée, très souvent méprisée. Retrouver aujourd’hui cette intelligence autochtone dans sa dimension historique et pratique, l’enrichir de tout ce que d’autres formes de savoir ont depuis inventé, cette conjonction reviendrait simplement à remettre ses pas dans ceux d’une longue histoire où les excès du demi siècle précédent n’auraient été que parenthèse.
Rêvons !
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