Peu importent les caprices du temps, la mésange zinzinule au printemps… Si d’autres animaux sont menacés d’extinction par les changements climatiques, ce n’est pas son cas. Son secret : elle cale sa période de reproduction sur les variations de température et assure ainsi chaque année à ses poussins une nourriture abondante. Car l’oisillon est vorace : un couple de mésanges doit tuer plus de 6 000 larves d’insectes pour la becquée de sa portée. Ainsi, une population d’oiseaux de Grande-Bretagne, observée pendant quarante-sept ans par une équipe impliquant le CNRS, atteste de cette étonnante adaptation individuelle, dont les résultats sont publiés dans Science1. Les mésanges charbonnières du bois de Wytham, près d’Oxford, ont été baguées depuis 1961, et 10 000 de leurs nichées scrutées semaine après semaine de mars à mai. Bilan : « L’ensemble de la période de reproduction s’est décalée de 14 jours pour compenser la hausse printanière de température de 2 °C », explique Anne Charmantier, chargée de recherche au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE)2, avec ses collègues de l’université d’Oxford et d’Edimbourg. Contre toute attente, il ne s’agit pas là d’une sélection naturelle au fil des générations, mais bien d’une adaptation physiologique car selon les années, chaque femelle peut pondre avec une à deux semaines de décalage. « Le printemps 2007, par exemple, fut le plus chaud de la période étudiée dans le centre de l’Angleterre, et pourtant les femelles ont eu un bon succès de reproduction en pondant très tôt », ajoute-t-elle.




