http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/43630.htm
Les plantes cultivées par l’homme ont subi un processus de sélection pour pouvoir résister aux insectes nuisibles et sont généralement très différentes des espèces à l’état sauvage. Toutefois, on constate que les insectes s’adaptent pour pouvoir se nourrir aussi à partir des espèces cultivées. On pensait conventionnellement que cette adaptation était due à une variation génétique des insectes eux-mêmes. Mais une équipe de l’AIST vient de démontrer que l’appétence de l’insecte Megacopta punctatissima pour le soja n’est pas due à une adaptation génétique mais plutôt à une adaptation liée aux bactéries qui vivent en symbiose dans son système digestif.
Depuis quelques années, Takema FUKATSU et Takahiro HOSOKAWA du "National Institute of Advanced Industrial Science and Technology" (AIST) se sont spécialisés dans l’étude du Megacopta punctatissima, un hémiptéroïde que l’on retrouve partout au Japon. Cet insecte se nourrit principalement de kudzu (Pueraria lobata, en français puéraire, ou vigne kudzu) mais s’attaque parfois aux cultures de soja, ce qui n’est pas sans causer des problèmes aux exploitations agricoles. Or son proche "cousin", le Megacopta cribaria, ne s’alimente lui que de kudzu, sans toucher aux plants de soja.
Les chercheurs ont alors fait l’hypothèse que les bactéries symbiotiques digestives de M. punctatissima jouaient un rôle dans la sélection de la nourriture. La symbiose avec les bactéries en question (baptisées "Ishikawaella") est si intime que ces insectes ne peuvent pas se reproduire et les larves se développer normalement en l’absence du micro-organisme. En effet, lors de la ponte, la mère dépose en même temps que les oeufs des petites capsules renfermant des bactéries symbiotiques, que dès l’éclosion, les larves vont ingérer dans leur système digestif.
En isolant les bactéries en question, puis en les déposant sur les oeufs de M. cribaria (le "cousin"), les scientifiques se sont rendus compte que M. cribaria ainsi élevé se mettait à prospérer sur des plants de soja. Inversement, des larves de M. punctatissima que l’on a empêchées d’absorber les bactéries ne peuvent plus se nourrir avec du soja.
C’est la première fois que l’on démontre que des bactéries symbiotiques peuvent rendre un insecte nuisible. Il apparaît donc probable que certains insectes sont devenus nuisibles par des variations de leurs bactéries symbiotiques ou par l’acquisition de nouvelles bactéries symbiotiques.
Ces découvertes mettent en lumière les relations complexes de symbiose entre bactéries et insectes nuisibles et pourraient peut-être ouvrir la voie à de nouvelles gammes de produits phytosanitaires agissant sur les bactéries symbiotiques elles-mêmes.
Origine de l’article : BE Japon numéro 451 (13/07/2007) - Ambassade de France au Japon / ADIT.




