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Pour la première fois, des biologistes mesurent l'effet indirect d'un prédateur sur le comportement des proies.
Des chercheurs de l'Université de Sherbrooke et un collaborateur de l'Université de Lyon ont publié, le 15 février dernier dans la revue Ecology Letters, des travaux sur la population de mouflons d'Amérique de Sheep River en Alberta. En 30 ans, les moutons sont passés de 160 à moins de 30 individus en raison d'une pneumonie et de 3 périodes d'intense prédation par des couguars. En plus de tuer des mouflons, les couguars ont eu un effet indirect sur les agneaux qui pesaient en moyenne 8% de moins qu'en période normale. "Cette baisse du poids des agneaux a des répercussions sur leurs chances de survivre à l'hiver, ce qui accroit la baisse de la population en plus de ceux qui sont tués par les couguars", estime la professeure Fanie Pelletier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en démographie évolutive et conservation.
Les chercheurs ont observé que les mouflons abandonnaient des collines l'hiver au profit de montagnes qu'ils occupaient traditionnellement l'été. Ce type de modification du comportement à la suite du risque de prédation est observé chez les poissons, les phoques et d'autres mammifères, mais c'est la première fois qu'un effet indirect est mesuré. "Avant, on pensait que les animaux choisissaient leur habitat selon la disponibilité de la nourriture. Maintenant, on se rend compte que ce qui est encore plus important, c'est d'éviter les habitats dangereux" indique le professeur Marco Festa-bianchet. "Les mouflons vont donc payer un coût énergétique en évitant les zones de prédation qui sont aussi les plus nourrissantes".