Les plantations forestières représentent aujourd’hui 5 % des forêts mais produisent un quart des ressources mondiales en bois. Comment sont-elles impliquées dans la gestion durable des forêts ? Comment contribuent-elles à la production durable de biens et de services, marchands ou non, au cœur des enjeux globaux ? Réponses avec Jean-Noël Marien, spécialiste des forêts plantées au Cirad.
Comment définit-on une forêt plantée ?
Jean-Noël Marien : Les forêts plantées peuvent être définies simplement comme des formations ligneuses créées d’une manière ou d’une autre par l’homme. Les forêts plantées se différencient donc nettement des forêts naturelles, dont la succession et l’évolution ne sont guidées que par des processus naturels et sans intervention humaine. Les écosystèmes de forêts plantées ont généralement une biodiversité plus simple que celle d’une forêt naturelle. Les plantations ont des vocations très variables, les plus productives d’entre elles sont souvent plus fragiles que les forêts naturelles. Cependant, il ne faut surtout pas opposer forêts naturelles et plantations au sens large. Il existe en réalité un continuum de situations et de techniques complémentaires. Dans certains cas, on plante en périphérie des aires protégées. Ces plantations constituent alors un cordon de protection vis-à-vis des espaces naturels et procurent un certain nombre de produits évitant aux populations d’aller se servir dans la forêt naturelle. Cela existe en RDC, ou au Brésil où une loi oblige les fermiers qui déboisent à maintenir 70 à 80 % de leur espace sous forme boisée comprenant à la fois forêts naturelle et plantée. Ailleurs, on peut enrichir une forêt naturelle dégradée pour lui redonner une valeur en termes de biodiversité ou d’économie. On obtient alors des forêts restaurées ou forêts de transition au sein desquelles on utilise des espèces locales et qui conservent l’ensemble des fonctions de la forêt naturelle. Ces exemples, comme ceux des plantations industrielles clonales, des agroforesteries villageoises ou agro industrielle, de la régénération naturelle assistée ou encore de la foresterie périurbaine, ne sont que des déclinaisons d’un même concept.
Quelle place occupent aujourd’hui les plantations dans l’espace forestier ?
J.-N. M. : L’exploitation, même durable, des forêts naturelles tropicales ne peut plus aujourd’hui répondre, à elle seule, aux demandes toujours croissantes des sociétés. Elle se heurte à des contraintes de plus en plus fortes : pressions environnementales, sociales ou démographiques, demandes accrues de biens et de services. Les plantations forestières contribuent alors à répondre à des besoins accrus et occupent ainsi une place de plus en plus large. Elles sont mises en œuvre à des échelles très variables, depuis le niveau des acteurs locaux en autosuffisance jusqu’aux plantations industrielles sur des centaines de milliers d’hectares. Les plantations sont traditionnellement dédiées à la production de bois et à la création de ressources ligneuses dédiées (bois énergie, pâte à papier, sciages, etc.). Elles font désormais partie intégrante des plans d’aménagement auxquels elles peuvent apporter une valeur économique ou écologique supplémentaire. Elles fournissent en effet du bois mais permettent aussi de répondre à des demandes telles que la biodiversité ou le carbone. Elles apportent une réponse, parmi d’autres, aux défis liés aux changements globaux (climat, énergie, eau, agriculture, etc.). Les arbres plantés jouent également un rôle social essentiel. Ils sont un marqueur très visible du foncier et procurent des revenus en milieu rural, souvent défavorisé. Les forêts plantées contribuent aussi à la création de valeurs environnementales en protégeant par exemple les zones sensibles (érosion, aires protégées, etc.). Elles participent à la structuration et à l’organisation du territoire. Le rapport entre l’urbain, le rural et la forêt est d’ailleurs en pleine mutation au Sud : l’arbre devient un élément de la structuration de l’urbain et du périurbain comme cela s’est produit au Nord.
Tout n’est pas tout rose cependant et les plantations, comme toute culture, sont souvent critiquées pour leurs impacts réels ou supposés sur l’environnement. C’est le cas notamment des plantations d’essences exotiques à forte productivité. Plusieurs méthodes permettent toutefois de minimiser les impacts négatifs et d’optimiser les bénéfices attendus des investissements consentis : amélioration des variétés, techniques de plantation et de culture, ainsi que, par exemple, le suivi de critères et d’indicateurs de gestion durable, tout comme pour les forêts naturelles.




