Les oiseaux migrateurs sont-ils à l’origine de la progression fulgurante de la grippe aviaire qui a fait trembler l’Asie, l’Europe et l’Afrique en 2005-2006 ? Une étude coréalisée par le Cirad apporte quelques éléments de réponses.
Quand la grippe aviaire s’est propagée d’Asie jusqu’en Europe et en Afrique en 2005-2006, les oiseaux migrateurs furent désignés, dans les médias, comme responsables de la dispersion du virus. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui on ignorait leur rôle dans cette épizootie. Une étude publiée par des chercheurs du Cirad et leurs collaborateurs apporte des éléments de réponse. Elle montre qu’effectivement des oiseaux migrateurs sont capables de transporter le virus H5N1 sur une distance de quelques centaines ou milliers de kilomètres. Cependant, à l’échelle de l’individu, la probabilité que cela se produise est faible.
Quatre jours sans symptômes
L’étude, menée dans le cadre du programme de la FAO sur la grippe aviaire, a démarré par un passage en revue de données expérimentales d'infection chez les anatidés sauvages (canards, oies et cygnes). La plupart de ces espèces peuvent contracter et excréter le virus sans symptôme pendant plusieurs jours, quatre en moyenne. Un laps de temps durant lequel le volatile est contagieux tout en étant apparemment capable d’effectuer sa migration.
Le plus grand jeu de donnée
La deuxième phase consistait à récolter des données précises sur les déplacements de ces oiseaux. Elles ont été obtenues grâce à un suivi télémétrique par satellite et constituent à ce jour le plus grand jeu de données jamais obtenu sur les migrations d’anatidés sauvages. Les volatiles ont été équipés de balises capables de renvoyer un signal de géolocalisation capté par satellite. « Nous n’aurions pas pu réaliser cette étude il y a quelques années puisque à l’époque les balises étaient bien trop grosses pour en équiper des oiseaux de la taille d’un canard » raconte Nicolas Gaidet, écologue au Cirad et co-auteur de l’étude. La télémétrie satellite présente le double avantage de suivre les oiseaux dans des zones complètement inaccessibles et sur des milliers de kilomètres. Les scientifiques ont ainsi calculé la fréquence des déplacements et leur amplitude. Ils ont découvert que certaines espèces peuvent parcourir jusqu’à 2900 km en seulement quatre jours. Ces performances suggèrent que les anatidés sauvages aient pu être à l’origine de la dispersion du virus en 2005-2006. Mais « encore faut-il que l’individu soit infecté au moment précis où il commence sa migration » remarque Nicolas Gaidet. D’où la troisième étape de l’étude : calculer la probabilité qu’un oiseau a d’être infecté en période migratoire et donc de transporter le virus sur une longue distance.
Entre réalité et probabilité
Résultat : il n’y a, en réalité, que 5 à 15 jours par ans pendant lesquels un oiseau peut disperser le virus sur une distance de 500 km. Cette faible probabilité s’explique notamment par le fait que les anatidés migrent par étapes.
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