Gestion des cormorans : des chercheurs proposent un plan d’action pour limiter les conflits entre acteurs de la pêche et de la protection de la nature

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/54998.htm

Une équipe de scientifiques du Centre Helmholtz de recherche sur l’environnement (UFZ) a proposé un plan d’action en cinq étapes pour réguler de manière efficace les populations de cormorans à l’échelle européenne. Ce plan d’action a été élaboré à partir de 22 interviews avec des responsables de plusieurs pays d’Europe à différents échelons administratifs. Ce projet a été soutenu par l’Union Européenne (projet FRAP : Framework for Biodiversity Reconciliation Action Plans) et par la Fondation allemande pour l’environnement (DBU)

Suivant les sources, la taille de la population de cormorans en Europe est estimée entre 0,5 et 1,5 millions d’oiseaux. Les pêcheurs considèrent cette espèce comme une "peste noire" qui leur vole le poisson, tandis que les écologistes se réjouissent de l’augmentation des effectifs, preuve de l’efficacité des mesures de protection mises en place au cours des dernières décennies. Le cormoran (Phalacrocorax carbo) est un oiseau migrateur, qui niche vers la Mer du Nord et la Baltique et hiberne en région méditerranéenne. Une régulation de la population, nécessaire pour atténuer le conflit entre pêcheurs et écologistes, passe ainsi nécessairement par l’implication de tous les pays de l’Union Européenne. Ceux-ci ont, pour l’instant, des attitudes très différentes face aux cormorans. Ainsi, par exemple, alors que les Pays-Bas se refusent à intervenir, la France organise l’abattage de 40.000 cormorans par an.

Selon les chercheurs de l’UFZ, dont Vivien Behrens, sociologue, c’est le manque de coordination et de responsable désigné pour résoudre le problème qui a empêché jusqu’ici la mise en place d’une solution collective. En théorie, la question devrait être prise en main par le Comité ORNIS (Comité d’adaptation de la Directive européenne 79/409), mais celui-ci ne la considère pas comme urgente. La Convention pour les espèces migratrices (CMS) a, en revanche, clairement signifié que les effectifs de cormorans sont maintenant suffisamment consolidés et qu’il n’est plus nécessaire d’intervenir en faveur de leur augmentation.

Le plan proposé par les chercheurs se compose de cinq étapes. Dans un premier temps, il s’agit d’acquérir des chiffres sûrs concernant les effectifs, afin de posséder des données indépendantes des différents intérêts en jeu. Ensuite, le travail consisterait à comparer les particularités régionales, à étudier les coûts et les bénéfices de différentes options de gestion et à établir un modèle global de la population. Une structure transversale devrait alors être désignée, qui prendrait en charge la gestion commune. Les chercheurs insistent sur l’importance de l’ordre des étapes pour la réussite de la stratégie. En outre, la mise en place d’un tel plan suppose une forte confiance mutuelle et nécessite que les états acceptent d’abandonner certaines de leurs prérogatives au bénéfice d’une gestion commune. Ceci constitue un processus long et difficile, pour lequel l’exemple de l’Amérique du Nord peut-être encourageant.

Dans le cadre de ce travail, les chercheurs de l’UFZ ont développé un modèle de la population de cormorans, qui prend notamment en compte une particularité écologique de l’espèce, importante pour entreprendre une régulation : une partie de la population, bien que sexuellement mûre, ne niche pas, à moins que la population ne subisse des pertes importantes et que des emplacements pour nicher ne se libèrent. Ces individus jouent ainsi un rôle de tampon.

En utilisant leur modèle, les chercheurs autour de Sven Zeibig ont pu montrer que la stratégie la plus efficace, et aussi la plus satisfaisante sur le plan écologique, consiste à réduire la capacité de l’environnement à accueillir des nichées. Cela peut passer par la suppression d’arbres morts pouvant accueillir des nids ou par la mise en place de filets au-dessus d’étangs poissonneux. En revanche, la collecte des oeufs semble moins souhaitable, car elle provoque de fortes fluctuations de la population, ce qui augmente le risque de disparition. Il ressort globalement du modèle qu’il est bon de conserver la structure tampon de la population, d’intervenir indirectement sur la capacité d’accueil de l’environnement, voire, si besoin est, de procéder à des abattages ponctuels, en veillant à ne pas détruire la structure de la population.

 


La Ligue Roc est devenue

Logo_HB

En savoir plus

Vous souhaitez adhérer...

Logo_HB

Partenaire

Logo_Generali

voir...

monarque

Le fantastique spectacle des migrations de papillons Monarque mérite l’attention et la protection de l’humain.

Photos : Michel Lamarche FindNature.com
Musique : Robert Len robertlen.com
Texte : Hubert Reeves

Un manifeste de la Ligue Roc

A commander :

www.biodiversite2012.org

Articles les plus lus