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Les insectes eusociaux -tels que les fourmis par exemple- sont souvent vus comme n'ayant pas de volonté individuelle, et étant prêts à tout sacrifier pour le bien de la communauté. De nouvelles recherches montrent cependant que les reines des fourmis sont aussi prêtes à remettre en cause le bien-être de la communauté pour garder leur trône.
Une équipe de recherche de l'Université de Copenhague, conduite par le post-doctorant Luke Holman du Centre d'Evolution Sociale, a publié dans Proceedings of the Royal Society un article montrant que les reines sont bien plus retorses qu'on ne l'avait préalablement supposé.
Il y a souvent plus d'une reine dans une fourmilière. Cela permet de produire plus de travailleurs dans une colonie naissante, ce qui augmente les possibilités de survie d'une fourmilière au cours des premières années. Les reines ne cohabitent cependant pas facilement ensemble : lorsqu'il y a suffisamment de travailleurs, elles s'abattent les unes les autres, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une. De fait, les reines des fourmis adaptent le nombre de travailleurs qu'elles produisent aux besoins de la colonie. Les reines produisent ainsi moins de travailleurs lorsqu'elles partagent la colonie avec d'autres reines, surtout lorsque la colonie a suffisamment de travailleurs. Ainsi, les reines semblent savoir quand elles peuvent s'attendre à une bataille pour le trône, et économisent leur énergie en préparation à cette bataille.
Ces investissements stratégiques dans la production de travailleurs sont accompagnés d'une communication phéromonale sophistiquée entre les reines. Les fourmis sont parfois appelées des "usines chimiques ambulantes" pour leur nombre impressionnant d'odeurs différentes qu'elles produisent pour par exemple reconnaître amis ou ennemis, ou signaler leur statut et leur rôle dans la colonie. Les signaux olfactifs donnent également des indications sur la santé et la fertilité de la reine. L'équipe de chercheurs a découvert que les reines fertiles ont des signaux chimiques plus forts, et ont ainsi plus de chances d'être épargnées par les travailleurs. Les travailleurs sélectionnent ainsi la reine la plus fertile en fonction de son odeur.
"Exécuter la reine la plus égoïste inciterait les reines à être plus coopératives et à aider davantage les membres de leurs colonies. Cette "justice" rudimentaire aurait pu aider les fourmis à faire évoluer leur société, un peu comme les hommes" explique Luke Holman. Les co-auteurs de cette étude sont Patrizia d'Ettorre, maintenant professeur à Paris 13, et Stephanie Dreier, qui a étudié l'évolution des comportements des insectes eusociaux, leur communication et leurs stratégies de survie pendant plusieurs années.




