Biodiversité, cultures et changement climatique

Le changement climatique va avoir un fort impact sur l'agriculture, la fertilité des sols, la désertification. Trois travaux médiatisés ce mois-ci auxquels ont participé des chercheurs espagnols apportent un éclairage sur ces impacts et proposent des solutions pour les prévenir.

Etudier le comportement des mauvaises herbes pour améliorer le rendement futur des cultures

Les conséquences de la présence de mauvaises herbes dans les cultures sont estimées à plusieurs milliards d'euros de pertes à l'échelle mondiale, sans compter le coût des désherbants utilisés. Des chercheurs du CSIC en collaboration avec des partenaires internationaux se sont donc penchés sur les facteurs qui conditionnent le développement des mauvaises herbes dans les cultures céréalières. Pendant 22 ans, ils ont observé des cultures céréalières en étudiant les mécanismes de développement des mauvaises herbes en fonctions de facteurs endogènes, relevant des caractères propres de l'espèce, et des facteurs exogènes, comme les variations climatiques. Les plantes qui régulent leur prolifération principalement par des facteurs endogènes sont les plus à même de supporter les effets du changement climatique et profiter de la disparition des autres espèces plus facilement affectées par ces variations.

L'étude vient ainsi réfuter la conception générale qui veut que les facteurs climatiques prédominent [1]. Par ailleurs, les chercheurs ont aussi démontré que les espèces moins résistantes sont celles qui ont pourtant le plus de facilité à aller conquérir d'autres milieux suite aux variations climatiques. Ces données pourraient permettre d'anticiper les conséquences du changement climatique sur la présence et le développement des mauvaises herbes dans les cultures céréalières afin de prévenir les effets néfastes.

Favoriser la biodiversité pour maintenir la productivité des terres

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Fernando T. Maestre de l'Universidad Rey Juan Carlos et dans laquelle a aussi oeuvré Miguel Garcia Gómez de l'Universidad Politécnica de Madrid a publié une étude mettant en avant le fait que la biodiversité est capitale pour freiner les effets néfastes du changement climatique dans les zones arides.

Ce travail se base sur la mesure de 14 variables - taux en carbone, azote, phosphore, etc - permettant de construire des indicateurs sur le fonctionnement des écosystèmes (fertilité du sol, érosion, régulation du climat local, etc.). Des mesures ont été effectuées sur 224 écosystèmes présents dans des zones arides partout dans le monde. Ce travail montre que le fonctionnement d'un écosystème s'améliore lorsque le nombre d'espèces végétales présentes augmente. Par contre, ce fonctionnement se trouve compromis lorsque les températures augmentent. La biodiversité est alors un facteur fondamental dans ces zones [2].

Par l'étude des conditions de bon fonctionnement, ce travail met aussi en avant les processus qui conduisent à la désertification des zones arides, qui représentent actuellement 41% de la surface émergée du globe. Comprendre ces mécanismes est essentiel afin d'agir en amont pour éviter une dégradation trop importante de ces zones qui accueillent aujourd'hui 38% de la population humaine. Assurer la biodiversité dans ces zones est un moyen efficace pour maintenir la fertilité des sols et éviter ainsi la désertification.

Le changement climatique peut aussi avoir du bon

Les impacts du changement climatique ne sont pas néfastes pour toutes les cultures. Anabel Robredo de l'Universidad del Pais Vasco a démontré dans une étude que l'orge pouvait en tirer bénéfice. L'impact majeur du changement climatique est l'augmentation dans la durée des périodes de sécheresse. Cette situation a de fortes conséquences sur la possibilité de cultiver des céréales comme le maïs qui requiert de grande quantité d'eau.

L'orge, en revanche, semble moins souffrir de la sécheresse dans la situation où la concentration de CO2 dans l'air augmente, ce qui est le cas actuellement. Une telle augmentation provoque la fermeture des ouvertures dans les feuilles - les stomates - qui permettent les échanges avec l'atmosphère. Cette fermeture entraine alors une limitation des pertes d'eau de la plante qui se met à consommer de manière plus avantageuse cette ressource. Ainsi l'effet négatif de la sécheresse est en partie compensé par les effets produits par l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère. Seul bémol, les résultats de l'étude, qui n'a portée que sur l'orge, ne sont pas forcément transposables à d'autres espèces végétales.

Source : BE Espagne numéro 112 (16/02/2012) - Ambassade de France en Espagne / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69144.htm

 


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