Anguille sous roche ! : Se dit d’une chose cachée qu’on soupçonne...
Cette expression laisse à penser que la moindre roche dans rivières et autres étangs de France et de Navarre, révèle la présence d’une anguille. Ce poisson n’aime pas la lumière sort la nuit pour se nourrir. Si le besoin s’en fait sentir il n’hésite pas à changer de rivière ou de plan d’eau, en se faufilant à l’air libre dans les herbes mouillées par la pluie ou la rosée nocturne.
Après dix à quinze ans d’une vie dans les milieux humides, marais, rivières, étangs les anguilles par millions, guidées par leur instinct, rejoignent l’océan afin de retrouver la zone de reproduction dans la mer des Sargasses, c’est là , et nulle part ailleurs, à environ 6 kilomètres de profondeur qu’un nouveau cycle commence. La fécondation terminée, les femelles pondent des millions d’œufs... L’éclosion achevée, les bébés anguilles engagent alors un long voyage de 6 000 kilomètres. Ces bébés appelés civelles ou pibales, portés par les courants et principalement celui du Gulf Stream vont mettre environ 1 an à atteindre le vieux continent. Cette migration d’alevins en rangs serrés, formant des cordons de 60 centimètres de diamètre sur plusieurs kilomètres de long, s’engouffre dans les estuaires de la façade Atlantique chaque année de septembre à mai, et colonisent l’Europe.
Enfin tout se passait ainsi il y a encore 30 ans. Mais maintenant les civelles sont sur la liste rouge des espèces en voie d’extinction et quelques explications s’imposent concernant :
Â
Â
L’anguille est un des rares poissons à être pêché pour sa commercialisation, à tous les stades : adulte, anguillette, et même alevin, par dérogation car la pêche des alevins est interdite pour tous les autres poissons.
Sachez que 90 % des alevins qui viennent coloniser le vieux continent passent par les estuaires Atlantique français, principalement ceux du sud ouest, et que plus de 800 navires prélèvent la quasi-totalité de ces alevins. Bien que le décret n° 94-157 du 16 février 1994 du Ministère de la pêche française, indique que la pêche à la civelle est interdite, elle ne l’est pas pour la pêche industrielle.
Il est toujours impossible de faire reproduire cette espèce en captivité, et les dernières études du Conseil international pour l’exploitation de la mer (CIEM) prévoient la disparition pure et simple de l’anguille, si les états membres et plus particulièrement la France ne prennent aucune mesure.
Une chose est sûre, notre patrimoine naturel est en train de nous glisser entre les doigts, comme une anguille...
M. Michel Fontaine




