Plus de 1 000 variétés issues de treize espèces constituent le panel des plantes à racines et tubercules de dix villages du Vanuatu. Dans cet archipel volcanique du Pacifique Sud, l’agriculture a pour objectif premier l’autosubsistance alimentaire.
Au Vanuatu, archipel volcanique du Pacifique Sud, les plantes à racines et tubercules assurent la subsistance et l’autosuffisance des populations. Que ce soient le taro Colocasia esculenta, la grande igname Dioscorea alata, qui sont des plantes traditionnelles introduites par les premiers hommes à avoir navigué vers ces îles il y a 3 500 ans, ou d’autres plantes cultivées de longue date ou récemment introduites, les plantes à racines et tubercules, à multiplication végétative, replantées et propagées par bouturage, constituent la base de l’alimentation mélanésienne. Mais c’est plus précisément le maintien de la diversité de ces plantes qui fonde culturellement la stratégie de sécurité alimentaire. Les jardins mélanésiens en sont le parfait exemple. De par la mixité des cultures, ils assurent la protection contre les pathogènes, une meilleure utilisation des sols et des radiations solaires, une meilleure résistance à la sécheresse pour certaines plantes, un étalement des récoltes dans le temps et un régime alimentaire plus varié.
Les espèces et variétés de racines et tubercules cultivées au Vanuatu ont été recensées dans dix villages représentatifs de la société de l’archipel. Cinq d’entre eux cultivent essentiellement le taro, les cinq autres l’igname, pour des raisons à la fois culturelles et climatiques. Avec plus de 1 000 variétés issues de treize espèces, le recensement confirme la diversité variétale présente au sein des cultures. Trois types de plantes constituent l’agrobiodiversité de l’archipel : les plantes arrivées de manière naturelle, par les vents par exemple, celles importées par l’homme lors des premières immigrations – le taro et la grande igname en l’occurrence – et celles récemment introduites, par l’homme également – il s’agit notamment du manioc. Dans la plupart des villages, les cultures ancestrales, notamment dans les villages attachés aux traditions, dominent. En revanche, dans les villages soumis à de fortes contraintes environnementales (pluies acides ou de cendre en raison du volcanisme actif, cyclones, etc.), on observe une plus grande part des cultures soit locales, soit nouvellement introduites. Ces cultures renforcent ainsi la sécurité alimentaire par le biais de la résilience du système de culture.
Dans d’autres archipels du Pacifique, comme la Nouvelle-Calédonie et les îles Salomon, l’introduction par les Européens de nouvelles espèces de plantes à racines et tubercules, associée à l’arrivée de l’économie de marché, a totalement perturbé les systèmes existants. Les espèces ancestrales ont disparu et la production vivrière est devenue homogène, avec pour conséquence une fragilisation des systèmes de production et la baisse en qualité des régimes alimentaires. A contrario, au Vanuatu, si ces nouvelles plantes sont de plus en plus acceptées et cultivées par les populations locales, elles ont pleinement trouvé leur place au sein des systèmes agrobiodiversifiés existants sans nuire aux autres espèces. Elles contribuent même, dans les zones les plus fragiles, à supprimer les périodes délicates de disette liées à la saisonnalité des plantes de culture traditionnelle. La stratégie alimentaire n’est ainsi pour le moment pas menacée au Vanuatu où, culturellement, les jardins mélanésiens sont dépositaires d’une grande valeur aux yeux de leurs propriétaires, ce qui assure encore le maintien de l’agrobiodiversité qui les caractérise, malgré l’importance croissante des cultures de rente destinées à l’exportation.
Ces résultats s’inscrivent dans le cadre du projet « Agrobiodiversité des plantes à racines et tubercules au Vanuatu », cofinancé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), le Cirad et le ministère de l’Agriculture, des Forêts, des Pêches et de la Quarantaine du Vanuatu.
Source : http://www.cirad.fr/fr/actualite/communique.php ?id=1078




