Les écorégions

Une contribution de la Ligue ROC

Résumé :
Pour être efficace, l’action doit :
- reposer sur des fondements scientifiques partagés, notamment sur les réalités biogéographiques. Cette notion bénéficie d’une reconnaissance internationale et peut de manière pertinente être appliquée à notre territoire.
- répondre à une logique d’objectifs partagés et non à une logique d’opportunités

Le cadre de la planification et de l’action : la biogéographie

La biogéographie incontournable approche scientifique

La biodiversité se fonde sur des équilibres emboîtés, depuis l’habitat jusqu’à la biosphère, en passant par des étages écosystémiques comme les régions biogéographiques.

Dans le cadre de la Convention internationale sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971), le terme de région biogéographique est utilisé dans l’acception suivante : « Définition scientifique rigoureuse de régions, à l’aide de paramètres biologiques et physiques tels que le climat, le type de sol, la couverture végétale, etc. »

L’UNESCO a déterminé douze grandes biorégions au niveau du globe et utilise ce terme dans ses travaux sur les réserves Man and Biosphère (MAB).

Par ailleurs, sur critères scientifiques, le WWF international a identifié 867 écorégions sur le globe (se répartissant dans 8 supraécorégions continentales). Pour la France métropolitaine (qui appartient à l’immense supraécorégion paléarctique qui englobe l’Europe, la Russie et le Nord de la Chine ou à la soussupraécorégion du paléarctique occidental, très utilisée quand on traite d’oiseaux migrateurs) il est distingué 6 écorégions : forêts méditerranéennes, forêts de feuillus occidentale, forêts atlantiques, forêts cantabriques (le pays basque), les Pyrénées, les Alpes.

L’Europe travaille suivant cette grille biogéographique, reprise par exemple dans la directive « Habitats » ; la France est concernée par quatre régions biogéographiques européennes : alpine (Alpes et Pyrénées), méditerranéenne, atlantique (toutes les régions littorales de l’Aquitaine au Nord-Pas de Calais), continentale (du massif central aux Ardennes).

On peut considérer ce terme comme équivalent à « super écosystème », avec une homogénéité de relief, de climat, etc. C’est l’ incontournable niveau d’approche scientifique des phénomènes écologiques.

La biogéographie incontournable cadre pour définir l’action

En Europe en raison des liens étroits entre hommes et écosystèmes, cette échelle biogéographique recoupe aussi des réalités sociales et culturelles fortes, voire économiques. On devrait d’ailleurs plus parler de socio-écosystèmes.

Il existe des exemples d’approches de ce type dans divers domaines : les six bassins hydrographiques en France (depuis 1964), avec leurs comités de bassin ; les trois préfectures maritimes (Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord) (depuis Colbert) ; les massifs montagneux, avec leurs comités de massifs, créés par la Loi « montagne » de 1995, à l’initiative de la DATAR ; les neuf conseils de rivage du conservatoire du Littoral (depuis 10 ans), les conservatoires botaniques nationaux (depuis trente ans). Nombre d’administrations ont choisi aussi de suivre ce mode d’adaptation aux réalités de terrain, comme par exemple récemment l’ONF qui a créé dix directions territoriales, se substituant aux anciennes directions régionales (calées sur les 26 régions administratives).

Le concept de région biogéographique ou d’écorégion est déjà dans les mœurs en France, sont déjà des réalités vécues les écorégions suivantes : Arc atlantique, Pyrénées, Alpes, Massif Central, Bassin parisien ...

Pertinence scientifique et pertinence sociale (notion de socio-écosystèmes donc), c’est pourquoi nous proposons la délimitation, en liaison étroite avec l’ensemble des partenaires, de quelques huit à dix écorégions françaises s’intégrant aisément dans les grandes régions biogéographiques européennes

Des écorégions pour définir des schémas de protection et de mise en valeur du patrimoine naturel

La protection de la nature souffre d’un mal récurent, en caricaturant à peine on peut dire que la nature est prise en compte quand on a fait tout le reste et si cela ne dérange rien. La politique menée est en effet la plupart du temps une politique de réparation (de dommages causés) ou d’opportunités ponctuelles alors qu’il faudrait mener une politique basée sur des objectifs clairs et évaluable, démocratiquement fixés et de long terme.

Les écorégions que nous proposons sont le bon niveau d’une telle programmation.

Un peu à l’image des SDAGE, des schémas de protection et de mise en valeur du patrimoine naturel pourraient être élaborés par des comités écorégionaux du patrimoine naturel. Ces documents pourraient alors être soumis à enquête publique donc opposables aux documents de planification d’aménagement, comme les SCOT et les PLU, mais aussi à d’autres dispositifs de cadrage des actions concernant les espaces naturels et espèces, comme les plans départementaux de randonnées pédestres, les schémas départementaux cynégétiques.

Tenant compte des réalités géographiques, économiques, culturelles et sociales de chaque écorégion, ces schémas devraient permettre de fixer les objectifs de long terme pour le patrimoine naturel et de préciser, décliner de grandes politiques nationales impactant la biodiversité : politique agricole, grandes infrastructures, équipements énergétiques, éducation à l’environnement, ... Ces orientations, proches des préoccupations et enjeux locaux, largement débattues, seraient mieux appropriées et portées par les acteurs locaux.

Ces comités écorégionaux devraient permettre une représentation des collectivités territoriales, tant institutionnelle (régions, départements, communes et groupements) que dédiée à la gestion du patrimoine naturel (PNR, GIP, syndicats de gestion d’un site classé ou d’un Grand Site, opérateurs Natura 2000, etc.), des acteurs socioprofessionnels (agriculteurs, forestiers ...), des usagers (randonneurs, sports de nature, chasseurs ...) des associations de protection de la nature et de l’administration. Transcendant les structures traditionnelles, ces comités redynamiseraient la réflexion concertée.

Dix écorégions

En première approche, on peut donc proposer dix écorégions :

- Trois atlantiques : Atlantique sud (de l’Adour à la Loire) ; Bretagne (de la Loire au Mt St Michel) ; Manche - Mer du Nord) ;
- Deux alpines : Alpes, Pyrénées ;
- Deux méditerranéennes : Littoral méditerranéen, Corse ;
- Trois continentales : Massif central, Bassin Parisien, Ardennes-Vosges-Jura.



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Carte des Ecorégions
 


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