Le respect du vivant se traduit par deux principes de base qui devraient guider le cadrage des politiques concernant les espèces en particulier non domestiques, non cultivées : le respect de l’individu, le respect de l’espèce. Ils ne sont ni de même essence, ni de même effet, mais sont complémentaires.
La notion d’espèce, au cœur de la théorie de l’évolution, dont le socle est fondé sur les observations et propositions de Darwin, renvoie directement à une approche par population et grand nombre, mais aussi aux interrelations avec les milieux et les autres espèces. La géographie des plantes de Humbold et Bonpland a accéléré l’émergence de l’écologie de Haeckel (en 1866 : oekologie, avec le sens de « étude des relations entre les êtres et leur environnement »), qui stabilisera au milieu du siècle dernier le concept essentiel d’écosystème. Cette vision globale, qui se fonde sur les grands nombres d’individus et sur de très longues durées (dans les deux cas, le million et le milliard sont des unités pertinentes), montre combien est essentielle la conservation de l’ouverture maximale des possibles, afin de maximiser les chances d’adaptations vitales, suite au plus grand nombre possible de mutations. La biodiversité suppose une conservation du maximum d’espèces, de populations d’espèces. La mort d’un individu n’est pas en soi une question, c’est même la condition de la vie, en perpétuel renouvellement, avec un unique objectif de reproduction. La conservation d’une espèce, c’est d’abord la conservation d’une population.
Mais la biologie moléculaire, à l’approche réductionniste, nous montre la merveille de l’individu, de la molécule à l’organisme, l’être étant considéré comme un ensemble de ces molécules. Scientifiquement, tout être vivant est sensible : il reçoit de l’information sous forme d’énergie et réagit, en vue de sa survie ou de sa reproduction, en émettant à son tour information et énergie. Et ce fonctionnement particulier du vivant mérite respect. La destruction d’un individu, d’une organisation complexe vivante, est inutile in abstracto et même, ce retour forcé à la matière, à l’inerte, est un crime contre la vie. Sans s’égarer dans des démarches anthropologiques et philosophiques, on comprend la nécessité de cette éthique de respect de la vie, au travers du respect d’un individu.
Et, en droit ?
Voir la suite de cette réflexion dans l’article : "Les animaux sont des êtres sensibles"

Photo : Richard Blackbourn
Gilles Pipien est ingénieur général des ponts et chaussées, expert en développement urbain durable à la Banque Mondiale. Entré au ministère de l’Equipement en 1975, il a tenu des postes en missions interministérielles ou directions départementales de l’Equipement, assurant des actions d’aménagement et de développement urbain. Il a été directeur régional de l’environnement en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (1998-2002) puis, directeur du cabinet de la ministre de l’Ecologie et du Développement Durable (2002-2003). Il est adhérent à la Ligue ROC et à la LPO.



