Abeilles et fleurs
Sont indissociables et le mutualisme (relations mutuellement bénéfiques) qui les lie a conduit à la coévolution et à la diversité des espèces que l’on connaît aujourd’hui. Plus de 20 000 des espèces appartenant à la famille des abeilles dans le monde contribuent à la reproduction sexuée et donc à la survie et à l’évolution de plus de 80% des espèces de plantes à fleurs (Vaissière, 2002).
En agriculture, la contribution des abeilles et bourdons est considérable sur le rendement quantitatif et qualitatif de très nombreuses cultures comme l’essentiel de nos arbres fruitiers (pommier, poirier, cerisier, .....), les cucurbitacées (melons, courgettes, ...), les solanacées (tomates, poivrons), les cultures oléagineuses (colza, tournesol) et protéagineuses (féveroles). La production de semences de toutes ces espèces est dépendante des abeilles et bourdons, comme celles des cultures fourragères (luzerne, trèfle). (Vaissière, 2002) Selon le National Research Council, le nombre d’abeilles aurait chuté de 30% aux USA au cours des vingt dernières années.

Bourdons et trèfle
Des légumineuses comme le trèfle sont essentiellement pollinisées par des insectes Hyménoptères regroupés au sein de la superfamille des Apoïdes qui comprend essentiellement les abeilles et les bourdons. La comparaison entre abeilles et bourdons donne un net avantage à ces derniers pour la pollinisation du trèfle. Par rapport à une abeille, une reine de bourdon pollinise 5 fois plus de fleurs par minute tandis que les ouvrières de bourdon à langue longue sont 2,5 fois plus efficaces et celles à trompe courte 1,5 fois que les abeilles. Par ailleurs, les bourdons travaillent par tous les temps alors que les abeilles sont de bons agents pollinisateurs uniquement par beau temps. On conçoit dès lors que lorsque les agriculteurs producteurs de graines de trèfle dans le Val d’Authion ont vu leur rendement décliner fortement au fil du temps dans les années 1970, un regard particulier ait été porté aux bourdons. Dans les conditions « normales », l’ensemble des bourdons présents, à trompe longue ou courte, associés parfois à des abeilles, permet d’obtenir des récoltes de graines variant de 600 à 800 voire 1250 kg/ha lorsque le nombre de ces insectes dépasse 40 par jour et pour 100 m2, avec des floraisons importantes de 450 fleurs/m2 (dans les conditions du Val d’Authion, 6 espèces de bourdons étaient observés : B. terrestris, B. sylvarum, B. agrorum, B. lapidarius, B. muscorum, B. hortorum, la langue du premier étant 2 fois plus petite que celle du dernier).
Les chutes de rendement constatées l’étaient dans les zones soumises au remembrement caractérisé par des arasements de talus boisés et se traduisant par des chutes importantes de densité de bourdons au 100 m2 (inférieure à 20). Cela s’explique par le fait que les reines fondatrices de colonies ne peuvent hiverner dans les champs soumis au labour ; elles se réfugient sur les talus (sous la mousse, dans la terre ou le terreau des arbres creux). Au printemps, elles bénéficient pour nourrir leur colonie du nectar des plantes sauvages à floraison précoce tel que les saules, le bugle rampant, le merisier, ... que l’on trouve sur les talus à un moment où aucune plante domestique ne fleurit sur les champs. La destruction des talus se traduisant donc par une chute importante des populations de bourdons et la densité de ces insectes étant trop faible au 100 m2, bien des fleurs ne pouvaient être fécondées d’où des rendements se situant autour de 200kg/ha. Cela confirme les observations de Hankins (1962) en Angleterre qui avait remarqué qu’un champ entouré de forêt pouvait produire dans les 760 kg/ha alors qu’en zone d’openfield, les rendements étaient de 125 kg/ha.
Mais les données se sont compliquées avec l’arrivée de nouvelles variétés de trèfle, en particulier d’un trèfle tétraploïde. En effet, si ce trèfle est intéressant en raison de sa production de biomasse, on avait négligé le fait que si les feuilles s’accroissent, il en est de même de la longueur de la corolle. Cette élongation élimine bien sûr les abeilles mais aussi tous les bourdons à trompe courte ; une seule espèce est alors capable de polliniser les fleurs. Résultat encore plus catastrophique : les bourdons à trompe courte développe un comportement spécifique, le « robbing » qui lui fait percer des trous à la base des fleurs pour aller chercher le nectar, se transformant d’auxiliaire en ravageur de culture. C’est ainsi que dans les conditions d’une zone remembrée, avec seulement 10 bourdons/100m2, la production chute à 80kg/ha.
Cela permet de conclure, avec le géographe Georges Bertrand, que « si la destruction d’une simple haie est une sorte « d’aventure » écologique dont personne ne peut prévoir le déroulement, il en est de même de certaines manipulations génétiques lorsque que l’on oublie qu’une espèce fait partie intégrante d’un écosystème et que de ce fait, elle est en interrelation avec de nombreuse autres organismes qui ne peuvent être négligés, y compris par les agronomes.



