Ce texte est un extrait remanié d’un article (Chevassus et al, 2004) paru dans l’ouvrage collectif « Biodiversité et Changements globaux » publié par l’adpf (Association pour la Diffusion de la Pensée Française) à l’occasion de la conférence internationale de Paris de janvier 2005 sur la Biodiversité, et paru également dans "Pour la Biodiversité - Manifeste pour une politique rénovée du patrimoine naturel", éditions A.Venir 2005.
Par Bernard Chevassus-au-Louis, Robert Barbault et Patrick Blandin
| Résumé : Nous avons vécu ces dernières années trois transitions : La première transition est le passage d’une conception classique, séquentielle, allant de la connaissance à l’action, à une vision beaucoup plus systémique, dans laquelle les trois aspects de description, de compréhension et de gestion se développent simultanément et de manière interactive, afin que chaque activité bénéficie aussi vite que possible des résultats des autres. La seconde transition est celle qui amène à abandonner la notion d’état d’équilibre des écosystèmes, vision déterministe qui voudrait les considérer comme le résultat d’une longue optimisation que l’homme viendrait perturber. S’y substitue une vision beaucoup plus contingente, marquée par l’histoire, selon laquelle ce sont les potentialités évolutives qu’il convient de préserver, l’état à un instant donné ne pouvant être considéré comme une référence absolue. Autre transition, celle qui conduit à ne plus se focaliser seulement sur les espèces rares et les espaces protégés et à s’intéresser à la nature ordinaire, à la dynamique des espèces « banales ». D’où deux autres conséquences de cette notion de durabilité : celle qui oblige à dépasser l’opposition que voient certains entre innovation et précaution, qui traduirait deux visions antagonistes du monde, pour réunir ces deux notions dans le concept « d’innovation durable » ; la nécessaire prise en compte de la diversité culturelle et de ces liens complexes avec la biodiversité, y compris dans la conception même de la notion de « nature ».
L’ensemble de ces nouvelles visions amène à l’évidence à promouvoir une « culture du débat », dès lors que l’état de la nature à un moment donné, et surtout son devenir, ne peuvent prétendre résulter de « lois » scientifiques et doivent donc faire l’objet d’une confrontation entre les conceptions et les attentes de l’ensemble des parties prenantes. Ces parties prenantes ne pouvant se réduire aux humains actuels, nous sommes amenés à poser la question de la représentation des générations à venir et surtout de la biodiversité dans ces débats.
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Introduction
C’est dès le milieu du 19ième siècle que les enjeux de protection de la nature vis-à-vis des conséquences néfastes des activités humaines ont émergé et ont trouvé leurs premiers porte-parole. Cependant, ces problèmes étaient perçus initialement comme locaux et susceptibles d’être résolus par un partage de l’espace entre des zones « protégées », excluant ou limitant les interventions humaines, et d’autres où ces activités pourraient se développer sans contraintes.
Cette vision dichotomique, sous-jacente à la plupart des politiques de protection de la nature qui se sont développées au 20ième siècle, a peu à peu trouvé ses limites face au double défi que représentent les changements globaux d’une part, le développement durable d’autre part. En effet, les changements globaux - climatiques, mais aussi démographiques et socio-économiques - qui s’annoncent au 21ième siècle rendent caduques la notion d’espace « protégé », c’est-à-dire d’espace qui échapperait aux impacts directs ou indirects de ces changements globaux. De même, l’intégration progressive, à travers les conférences de Rio (1992) et de Johannesburg (2002), des questions d’environnement et de développement dans une problématique globale oblige à ne plus penser la préservation de la biodiversité comme une finalité autonome.
Ce nouveau cadre aura à l’évidence des conséquences importantes sur les stratégies concrètes qui seront élaborées. Mais il conduit également à renouveler en profondeur les concepts qui sous-tendent ces stratégies. En effet, de nombreux travaux, en particulier le rapport de Roger Guesnerie sur la recherche pour le développement durable (Anonyme, 2003) insistent sur la profonde évolution des mentalités, des pratiques, des organisations qu’appelle une véritable prise en compte de ces nouvelles problématiques. Le CNDD souligne en particulier, dans sa première contribution de mai 2003, que : « Aucun problème ne peut être résolu sans changer l’état d’esprit qui l’a engendré ».
C’est pourquoi nous avons cherché dans ce texte à identifier et à décrire ces nouveaux concepts, ces changements de paradigmes, qui devront à notre avis inspirer les actions à venir.
De la chaîne des connaissances au système d’apprentissage
Comme indiqué en introduction, la perspective des changements globaux nous conduit à prendre conscience de la possibilité, dans les décennies à venir, de la poursuite, voire de l’accélération de modifications importantes et rapides de l’environnement planétaire, ces modifications pouvant avoir un impact majeur sur les êtres vivants.
Cette prise de conscience intervient alors que notre perception de l’état de notre connaissance sur la biodiversité a elle-même fortement changé au cours de la fin du vingtième siècle. L’ampleur du travail restant à accomplir, en termes d’inventaire et de compréhension de la biodiversité, apparaît aujourd’hui beaucoup plus considérable que dans les années quatre-vingt, alors que la rapidité des changements globaux impose des actions urgentes. Ce double constat d’accélération des changements et de carence des connaissances rend caduque la mise en place d’une approche séquentielle classique « décrire, comprendre, agir ».
Pour ne prendre qu’un exemple, si l’on prend l’estimation modérée de 10 millions d’espèces vivantes et un rythme mondial annuel de description de nouvelles espèces d’environ 20 000 (Bouchet, 2000), on aboutit à une estimation d’environ quatre siècles pour achever l’inventaire de la biodiversité au niveau spécifique, qui n’est qu’un des niveaux de description possible. Si l’on croise cette approche avec les estimations parfois avancées (Rozensweig, 2000) d’une érosion de la biodiversité pouvant faire disparaître chaque année plus d’une espèce sur 1000, on constate qu’une proportion notable des espèces pourrait avoir disparu avant même d’avoir reçu un nom.
A cette perception des limites actuelles de l’expertise scientifique s’ajoute la reconnaissance croissante du rôle que peut et doit jouer l’expertise « profane », c’est-à-dire l’ensemble des connaissances empiriques qui existent et se développent au sein de la société. L’existence de cette culture profane, moins universelle mais souvent plus pertinente localement, oblige à concevoir de manière plus symétrique les échanges de savoirs entre les scientifiques et la société civile. Il convient donc de passer d’une vision linéaire et séquentielle reliant la connaissance à l’action à une vision d’un système dans lequel les trois aspects de description, de compréhension et de gestion se développent simultanément et de manière interactive, afin que chaque activité bénéficie aussi vite que possible des résultats des autres. Une telle vision systémique aboutit à la notion de "spirale d’apprentissage", enchaînement intégré de séquences de description, de recherche et d’action, qui apparaît la seule manière possible d’affronter la nécessaire gestion d’une réalité connue de manière extrêmement partielle et surtout biaisée (en particulier parce que la plupart des espèces connues sont des espèces visibles à l’œil nu).
Cette nouvelle vision a des conséquences pratiques importantes en termes de positionnement de la recherche. Elle amène tout d’abord à s’interroger sur les modes de recherche pertinents dans ce contexte. Outre le modèle hypothético-déductif basé sur l’expérimentation en milieu contrôlé, il existe en effet d’autres approches fécondes, comme la recherche-observation, basée sur la description et le suivi spatio-temporel des phénomènes (à l’exemple de l’épidémiologie) ou la recherche-action, qui implique des interactions étroites entre chercheurs et gestionnaires d’une ressource ou d’un espace. Si l’on évalue l’intérêt de ces modes de recherche non seulement par rapport au critère de production de connaissances certifiées mais, plus globalement, par rapport à leur contribution à la "spirale d’apprentissage", on voit aisément que certaines hiérarchies implicites dans la communauté scientifique peuvent se voir fortement remises en cause, ce qui n’est pas sans conséquences en termes d’évaluation des chercheurs et de leurs productions (Hubert et Bonnemaire, 2000). On lira en particulier sur cette question le passage "développement durable et production de connaissances" du rapport de Roger Guesnerie (Anonyme, 2003, p.23-29). Autre conséquence de cette vision systémique, le regard est amené à se porter beaucoup plus sur l’intensité des échanges entre les composantes du système que sur la qualité intrinsèque de ces composantes. Cela signifie que si l’on veut améliorer l’efficacité de la "spirale d’apprentissage", il convient d’accorder au moins autant d’efforts à la circulation des flux (d’hommes, d’informations, de concepts...) qu’à l’optimisation du fonctionnement interne de chaque composante. Les notions d’auto-organisation et de capacité d’adaptation des systèmes complexes, liées à des interactions intenses et multiples entre de nombreuses composantes dotées chacune d’un petit nombre de comportements « simples », peuvent fournir une base théorique à cette nouvelle vision (Zwirn, 2003).
Du patrimoine à préserver au potentiel adaptatif à favoriser
L’un des grands changements conceptuels de la fin vingtième siècle a été à notre avis l’abandon - ou du moins la relativisation - de la notion d’état d’équilibre en biologie et en écologie. Ce changement a d’ailleurs concerné d’autres disciplines comme l’économie ou l’ethnologie, nous y reviendrons. Cette évolution résulte à la fois d’observations empiriques et de progrès conceptuels.
Sur le plan empirique, l’observation fine des écosystèmes et de leur histoire a conduit à mettre en évidence le caractère souvent contingent de leur état à un instant donné, résultant de phénomènes historiques (effets fondateurs dans les biocénoses, "catastrophes" plus ou moins périodiques, impacts durables des environnements passés...). De ce fait, un état observé d’un écosystème, même considéré comme "naturel", ne pouvait être considéré sans prudence comme un "état de référence" qu’il convenait de préserver ou, en cas de perturbations humaine ou naturelle, de "restaurer". Toujours sur un plan empirique, de nombreuses opérations de protection ou de restauration visant en particulier à diminuer l’impact anthropique ont montré leurs limites, avec notamment la disparition d’espèces inféodées, souvent de manière complexe, aux activités humaines. Le narcisse des Glénans est un exemple emblématique de cette difficulté. Cette espèce endémique était menacée par la surexploitation (arrachage des bulbes) et a été classée parmi les espèces protégées par le Convention de Berne de 1979. Mais il est apparu que sa persistance n’était possible que si la fauche ou le pâturage des moutons maintenaient une prairie rase, d’où la nécessité d’encourager ces pratiques. En outre, le développement excessif des goélands, eux-mêmes protégés, conduit à un enrichissement du sol en azote qui semble préjudiciable à cette plante (Guy, 1990).
Sur un plan conceptuel, les progrès de la modélisation et la possibilité de suivre le comportement pas à pas d’un système - au lieu d’être seulement à même de calculer son éventuel état asymptotique - ont montré combien des équilibres stables ne constituaient que des cas très particuliers d’évolution de systèmes régis par des lois et des paramètres constants : des modèles de comportements fluctuants plus ou moins périodiques, voire chaotiques, ont été développés par la dynamique des populations et des peuplements (Ricard, 2003). Ils ont montré en particulier qu’il n’était pas nécessaire de rechercher systématiquement l’influence d’un facteur environnemental majeur pour expliquer une évolution majeure d’un écosystème. En effet, des phénomènes non-linéaires (effets de seuils, points critiques...) peuvent conduire à deux évolutions très différentes pour deux systèmes initialement similaires. Popularisée par René Thom avec la notion mathématique de « catastrophe » (Thom, 1989), cette nouvelle vision s’est peu à peu étendue à de nombreux domaines des sciences, en particulier de la biologie.
De manière moins radicale, ces approches ont permis également de montrer que le temps nécessaire pour atteindre un nouvel équilibre stable était souvent très supérieur à la durée de stabilité des paramètres biologiques ou écologiques déterminants. De ce fait, l’état d’équilibre, même s’il existe, apparaît comme une abstraction sans grande pertinence concrète. Cette nouvelle vision rompt avec une longue tradition de l’écologie : la notion de « climax », terme désignant la structure d’équilibre - en termes de composition et d’abondance relative des espèces - d’une communauté végétale a été un concept majeur tout au long du vingtième siècle. Confronté à l’observation de perturbations naturelles récurrentes des communautés au niveau local empêchant d’atteindre cet état d’équilibre, certains théoriciens ont réintroduit la notion d’équilibre au niveau du « paysage » (ensemble des unités écologiques interconnectées d’une région) en dénommant « métaclimax » l’équilibre dynamique entre ce paysage et un régime de perturbation supposé stable à cette échelle. La longue histoire de cette idéologie de « l’équilibre de la nature », qui a conditionné une conception « fixiste » de sa conservation, est décrite en particulier par Blandin (2004).
Cette nouvelle perspective amène donc à considérer la situation instantanée d’une population, d’une espèce ou d’un écosystème, non pas comme un état stable et optimum mais comme un point sur une trajectoire, qui peut n’être elle-même que l’une des trajectoires possibles. De ce fait, la notion de gestion durable prend une connotation très différente de celle relative aux ressources non renouvelables, (pétrole, minerais,...), pour lesquelles elle implique essentiellement une gestion économe permettant aux générations futures d’accéder à ces ressources. Dans le cas de la biodiversité, la question devient celle de "l’adaptabilité durable", à savoir l’identification des composantes ou des processus d’un système écologique qu’il convient de préserver, renforcer, modifier pour que son évolution ne handicape pas, voire bénéficie aux générations futures. Comme l’écrivaient dès 1984 Lamotte et al. (voir également Blandin, 1986) : « Conserver la nature, c’est lui conserver ses potentialités évolutives ».
Un tel énoncé permet de mesurer l’ampleur du défi posé à la science : abandonner le paradigme de "l’équilibre harmonieux des écosystèmes", c’est accepter de soumettre à un examen critique l’état d’un écosystème, c’est-à-dire reconnaître la possible légitimité d’une certain nombre de pratiques (introduction ou éradication d’espèces, modification des habitats...) jugées jusqu’alors regrettables du seul fait qu’elles pouvaient « modifier l’équilibre » ou ne visaient pas à revenir à un « état de référence » antérieur. Mais en même temps, il importe de reconnaître que ce nouveau paradigme « tout est perturbation » n’est pas non plus exempt de connotation idéologique et peut conduire, à l’extrême, à une déconstruction de la nature nous dédouanant de toute éthique environnementale (voir IV.2).
Ce concept de « l’adaptabilité durable » met également en lumière deux questions sur lesquelles nous reviendrons : celle de l’implication de l’homme au sein même de la plupart des écosystèmes et de celle de l’éthique de l’évolution.
De manière plus fondamentale, Patrick Blandin (Blandin et Bergandi, 1997 ; Blandin, 2004) souligne que cette prise en compte de la dimension historique et contingente des écosystèmes peut être redoutée, et donc refusée, par certains chercheurs travaillant sur la biodiversité, car susceptible d’affaiblir le statut scientifique et épistémologique de leurs études : la description, même détaillée, d’évènements uniques, non reproductibles, est souvent considérée comme ne permettant guère la découverte de lois de portée générale.
De la protection de la nature au développement durable
Le troisième changement de paradigme résulte de l’intégration, évoquée en introduction, des préoccupations environnementales dans le concept plus large de développement durable, la notion de développement combinant elle-même des enjeux de viabilité économique et d’équité sociale. On peut en effet avoir de cette intégration et de ce « tripode » économique, social et environnemental une vision ambivalente.
La vision positive est celle, souvent avancée, d’une prise de conscience : le développement, pour être durable, ne peut plus se fonder sur un usage immodéré des ressources naturelles et sur la dégradation souvent irréversible de l’environnement. Même si cette prise de conscience résulte au moins autant de constats de rétroactions négatives locales et à assez court terme (pollution des eaux, problèmes sanitaires) que de préoccupations globales et à plus long terme, elle représente incontestablement un progrès dans la prise en compte de l’environnement. Autre dimension positive, l’introduction de la notion d’équité sociale amène à repenser les modes d’exploitation de certaines ressources, acceptables sur le strict plan écologique mais discutables en termes de répartition des profits au sein d’une société ou entre les pays. Les débats sur les ressources génétiques, la gestion des pêches ou le « bio-piratage » illustrent cette nouvelle préoccupation.
Mais on peut avoir de cette intégration une vision plus négative, en redoutant la possibilité d’un asservissement des objectifs de protection de l’environnement aux impératifs du développement, aussi bien au Nord qu’au Sud. Certains font remarquer (Godard et Hubert, 2002) que le concept de développement durable apparaît plus flou et moins exigeant que le concept "d’écodeveloppement", mis notamment en avant par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) dans les années 1970 et qui introduisait plus clairement une volonté de rupture par rapport au modèle dominant du développement occidental.
Quoiqu’il en soit, c’est maintenant au sein de ce tripode économique, social et environnemental du développement durable qu’il apparaît nécessaire de penser les questions de la biodiversité. Un tel positionnement nous semble avoir plusieurs conséquences importantes en termes d’attitude et de démarche intellectuelle.
Un nécessaire élargissement
Si les enjeux de la "protection de la nature" se focalisaient principalement sur des milieux à faible pression anthropique, et visaient souvent à réduire encore cette pression (réserves, parcs nationaux), les enjeux du développement durable se situent à l’inverse dans les agro-écosystèmes, les écosystèmes urbains, les écosystèmes côtiers exploités. Ces systèmes sont au moins autant, sinon plus, des anthroposystèmes que des écosystèmes et c’est en leur sein que la biodiversité sera amenée à contribuer, positivement ou négativement, au développement. Dans le même esprit, l’intérêt pour la gestion des espèces « banales » et abondantes, jouant donc un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes, viendra élargir une vision trop focalisée sur les espèces rares et menacées.
Même s’il existe de fait un continuum entre différents degrés d’anthropisation des écosystèmes, un tel renversement de perspective vers la "nature ordinaire" - amorcé dès la loi de protection de la nature de 1976 (Blandin, 1986) - est loin d’être évident pour de multiples raisons, conceptuelles, méthodologiques, voire idéologiques. Pour ne prendre qu’un exemple, la délimitation même du système, lorsqu’il s’agit d’un système fortement anthropisé, pourra donner lieu à des divergences radicales selon qu’il sera vu comme un « sociosystème » ou comme un « écosystème » : pour la production du coton au Mali, les bourses américaines ou le comportement des émigrés en Europe font partie du sociosystème, alors que l’écologue se préoccupera plutôt d’intégrer dans son approche le régime des pluies sur le plateau guinéen. De même, la notion de « bassin versant » apparaît pertinente pour fédérer les sciences du milieu physique (hydrologie, pédologie...) autour de la gestion de l’eau mais ne mobilisera les sciences humaines et sociales que si son pourtour correspond également à une entité administrative compétente (ce qui est le cas pour les grands bassins versants français avec les Agences de bassin). Sur le plan idéologique, cette reconnaissance de l’importance de la nature ordinaire oblige sans doute à revoir certaines terminologies introduisant des jugements de valeur implicites sur l’état d’un écosystème. Ainsi, on parle souvent de forêts « dégradées » pour qualifier des forêts investies par l’homme, qui y favorise ou y introduit certaines espèces et modifient donc notablement ce que serait la trajectoire « naturelle » de ces écosystèmes. On observe cependant, en particulier en Asie du Sud-est, que ces forêts présentent un niveau élevé de biodiversité tout en fournissant à des populations importantes des ressources durables (Michon, 1999). Il serait donc préférable de parler dans ce cas « d’agroforêts » ou de forêts « reconstruites » ou « domestiques » (par analogie aux animaux) pour traduire une vision plus positive vis-à-vis de ces écosystèmes.
Un autre aspect de cet élargissement de la perspective est la nécessité de raisonner, même vis-à-vis de problèmes apparemment locaux, à l’échelle de complexes géographiques beaucoup plus vastes - pays, continents, planète. C’est à quoi incite le concept d’empreinte écologique (Wackernagel et Rees, 1996) : l’empreinte écologique est une mesure du fardeau imposé à la nature par un individu, une population ou un pays - voire l’humanité toute entière. Concrètement, ce fardeau est appréhendé par la superficie de terres "sauvages" et cultivées nécessaires pour assurer durablement les niveaux de consommation de ressources et d’énergie dudit individu ou de ladite population et pour recycler les déchets qu’ils produisent. Ainsi, pour qu’il y ait développement durable, il faut appréhender simultanément villes et campagnes, aires protégées et nature "habitée", agrosystèmes et milieux "naturels".
Dépasser l’opposition entre innovation et précaution
La notion de développement, en particulier dans les pays du Nord, est souvent associée à celle d’innovation, processus créateur de richesses et de bien-être. Celle d’environnement véhicule au contraire des attitudes souvent critiques vis-à-vis de ces innovations, lorsqu’elle apparaissent avoir des impacts négatifs et sous-estimés sur les ressources naturelles. L’émergence du principe de précaution incarne selon certains la montée en puissance de cette vision critique. Il est donc tentant de considérer qu’innovation et précaution constituent les bannières de deux mondes antagonistes - « Prométhée contre Gaïa » pour reprendre l’expression de la philosophe Isabelle Stengers (2003) - et d’en déduire que la science devrait « choisir son camp », chaque camp revendiquant d’ailleurs le monopole de la « vraie » science (Chevassus, 2001).
La notion de développement durable suppose au contraire que la science contribue à nourrir aussi bien la dynamique de l’innovation que la pratique de la précaution, afin d’élaborer des « innovations durables », dont les éventuels effets négatifs auront été identifiés et corrigés dès l’origine. Il convient donc de dépasser ce dilemme entre innovation et précaution, en soulignant que la science peut non seulement contribuer à ces deux démarches, mais aussi s’en enrichir : la prise en compte des risques climatiques ou de ceux liés aux prions sont des exemples d’attitudes de précaution ayant débouché sur des acquis scientifiques majeurs.
Cette vision apparaît particulièrement pertinente dans le cas spécifique de la biodiversité : la précaution d’aujourd’hui, qui incite à conserver un patrimoine encore mal connu et mal compris, contribuera sans doute à l’innovation de demain.
L’intégration de la diversité culturelle
Une conséquence, liée à la précédente, est la prise en compte du comportement des sociétés comme une des composantes de la biodiversité. C’est le concept d’ethnodiversité et de prise en compte des savoirs locaux, mis en avant dans l’article 8 de la Convention sur la diversité biologique signée à Rio de Janeiro en 1992. Cette prise en compte peut néanmoins se lire de plusieurs manières différentes.
La première est de considérer cette composante comme l’expression la plus remarquable, dans notre espèce, de la diversité et d’en faire un élément du patrimoine vivant, au même titre que les autres aspects de la biodiversité. La seconde, plus marquée du courant de l’écologie culturelle, serait de considérer que cette diversité est en grande partie le résultat d’une coévolution entre les sociétés et leur environnement, qu’elle représente des adaptations originales et qu’elle traduit donc "l’empreinte" dans notre espèce de la biodiversité présente et passée de la planète. Enfin, une dernière vision, plus "utilitariste", est de considérer les usages locaux comme ayant, par définition, permis à la biodiversité actuelle d’être ce qu’elle est. De ce fait, décrire et préserver ces connaissances et pratiques locales serait un excellent moyen de conserver la biodiversité (Roussel, 2003 ; Chouvin et al, 2004).
Au-delà de la diversité des points de vue émerge la même question que celle que nous avons évoquée à propos de la diversité des écosystèmes : en quoi cette diversité ethnique et culturelle représente-t-elle un "équilibre harmonieux" qu’il conviendrait de préserver en tant que tel (ce qui était sans doute la vision des premiers ethnologues) ? Ne faut-il pas au contraire la considérer comme un état transitoire et contingent dans une longue histoire et se poser la question de la dynamique de cette diversité, en évitant de trop "sacraliser" les situations existantes, aussi bien au Nord qu’au Sud ?
Deux autres points nous semblent à souligner par rapport à cette prise en compte des savoirs locaux. Le premier est que cette attitude doit s’appliquer au sein même de notre société, et pas seulement vis-à-vis de sociétés « exotiques ». De nombreuses personnes, exerçant des activités variées, observent aujourd’hui encore la nature et ses évolutions et élaborent des savoirs qu’il convient de valoriser. Nous reviendrons sur ce point en évoquant l’organisation du suivi de la biodiversité. Le second point est que cette distinction entre la biodiversité et l’ethnodiversité nous renvoie à la distinction plus globale entre nature et culture. Or cette distinction même, c’est-à-dire la volonté de ranger les entités du cosmos en deux catégories différentes, n’est pas considérée comme pertinente par beaucoup de civilisations. D’autres visions du monde, plus intégrées, existent et l’anthropologue Philippe Descola (2004) a regroupé cette diversité des cosmologies autour de quatre modes majeurs, dont l’un est le mode occidental moderne. Corrélativement, il est clair que ces autres visions poseront la question du développement durable en termes très différents, dès lors que l’environnement n’est plus considéré comme une entité distincte de la société. Prendre en compte la diversité culturelle, c’est également prendre en compte la diversité même de la notion de culture et, plus globalement, la diversité des conceptions possibles de ce que doit être un « développement durable ».
La nécessité d’une culture du débat
L’acceptation du paradigme du développement durable d’une part, la reconnaissance de l’existence - et de la pertinence - d’une culture profane de la nature d’autre part, conduisent à passer d’une vision monocritère, centrée sur une protection de l’environnement définie de manière technocratique, à une culture du débat contradictoire entre des enjeux divergents. Cette transition est loin d’être mineure : si la simple dialectique entre les enjeux du développement économique et ceux de l’équité sociale engendrait déjà de nombreuses tensions, il est évident que l’introduction d’un troisième pôle, porteur de ses propres enjeux et exigences, ne pourra qu’augmenter la complexité des choix. La conservation de la nature, comme finalité spécifique, pouvait éventuellement, dans une vision positiviste, se fonder sur les « lois » scientifiques échappant à la contingence politique et guidant donc des choix « objectifs ». Bruno Latour (1999), partant d’une analogie avec le fameux mythe platonicien de la « caverne », décrit et critique cette attitude faisant de la science écologique une « révélation » éclairant l’humanité plongée dans les ténèbres et lui imposant ses choix.
La recherche d’une option de développement durable, à un moment donné dans une société donnée, impose à l’évidence une attitude moins dogmatique : les éléments économiques, sociaux et environnementaux doivent pouvoir être examinés avec le même degré de légitimité, même si le débat amène à privilégier finalement certains d’entre eux. La mise en place de tels débats pose cependant plusieurs questions complexes. Nous en évoquerons deux, celle de la représentativité des acteurs et celle des conceptions éthiques sous jacentes.
Qui peut représenter légitimement la nature ?
La représentativité des acteurs économiques et sociaux est une question ancienne et ayant donné lieu à différentes propositions et modes de représentation maintenant entrés dans les mœurs. La représentation, au sens politique du terme, de la biodiversité, est une question plus récente, car il s’agit de représenter dans le débat social des entités qui, de fait, ne s’expriment pas, qu’il s’agisse de biodiversité actuelle ou, a fortiori, à venir. Certains considèrent qu’il incombe notamment aux scientifiques « d’incarner » dans le champ social les intérêts de la biodiversité. Bruno Latour (1999) développe cette vision, en insistant sur le fait que ce statut de « porte-parole » ne doit pas les rendre pour autant incontestables : comme tous les porte-parole, ils doivent acceptés d’être soumis à critique. En effet, quels qu’en soient les représentants, la question de connaître réellement le « mandat de négociation » de la biodiversité, à savoir ce qui est acceptable, tolérable moyennant aménagement, ou ce qui représente une menace existentielle pour des espèces ou des écosystèmes est un problème dont on mesure la difficulté. Sans résoudre le problème, on pourra à l’évidence en conclure à la nécessité d’accepter, et même de favoriser un certain pluralisme de la représentation.
Quelle éthique pour le développement durable ?
La seconde question est celle des éthiques du développement durable, dont les enjeux amèneront à faire se confronter de manière plus ou moins explicite les éthiques de la protection de l’environnement et celles du développement, qui se sont élaborées jusqu’alors pour répondre à des préoccupations très différentes.
Les éthiques de l’environnement et de la biodiversité sont en effet multiples. Elles s’expriment plus ou moins explicitement à travers divers débats, notamment ceux autour de l’appropriation du vivant (Chevassus, 2000). On trouvera dans Larrère (1997), Bergandi (2000, 2001) et Blandin (2004) des analyses détaillées de cette diversité, que nous ne présenterons que sommairement.
L’éthique des premiers protecteurs de la nature était souvent une « esthétique », comme chez les peintres à l’origine de la création, en 1853, de la première aire protégée dans la forêt de Fontainebleau. Cette éthique peut également être « théocentrique » et souligner l’impératif pour l’homme de respecter l’œuvre du Créateur. Au forum national de Washington sur la biodiversité en 1986, ce point de vue a été exprimé de manière nette : « To wipe out unnecessarily whole species (...) is a crime against our Creator » (Cobb, 1988, cité in Blandin, 2004). La thèse de la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants et de leur droit à l’existence est également avancée et fonde le courant « biocentrique ». Cette vision amène à positionner notre espèce comme une parmi d’autres et à relativiser, voire à remettre radicalement en cause, son droit de perturber le devenir des autres. De manière plus limitée, l’existence de droits propres pour certaines espèces, en particulier les espèces animales domestiques, liées désormais par une « communauté de destin » avec l’homme, est défendue par des philosophes comme Élisabeth de Fontenay (1998). Ce destin commun résulte de la domestication, qui a modifié l’animal pour les besoins de notre espèce et a souvent amoindrie ses capacités à perdurer sans intervention de l’homme. D’où une responsabilité de celui-ci pour assurer désormais l’avenir de ces espèces. Cette notion de « droit des animaux » vis-à-vis de l’homme est d’ailleurs implicitement présente dans certains textes législatifs (Hermitte, 1993). Ce point de vue est relayé par ceux qui considèrent que l’élimination progressive des formes de discrimination, racisme, sexisme et maintenant « spécisme » (discrimination négative à l’encontre des autres espèces) constitue un progrès moral pour l’humanité. Plus globalement, l’idée que la nature entière possède des droits propres que l’homme doit respecter, même aux dépens de son propre devenir, fonde le courant « écocentrique », qui affirment que l’homme se doit de s’intégrer sans lui nuire au fonctionnement de la planète Terre. Dans cette vision, la terre est elle-même assimilée à un « super-organisme » vivant : c’est l’« hypothèse Gaïa » (la Terre-mère de la mythologie grecque), développée il y a une vingtaine d’années par le Britannique James Lovelock (Barbault, 1994, Stengers, 2003). Ces différentes éthiques peuvent être qualifiées de « non-utilitaristes », dans la mesure où elles ne se fondent pas, pour justifier la préservation de la biodiversité, sur un intérêt matériel immédiat pour l’homme. Blandin (2004) souligne que la difficulté à promouvoir la protection de la nature sur de telles bases éthiques a conduit peu à peu, vers le milieu du vingtième siècle, à l’émergence d’un discours beaucoup plus utilitariste, selon lequel les services rendus par la nature étaient mis en avant pour justifier la nécessité d’une protection. Cette évolution peut également s’expliquer par la perception progressive d’une contradiction interne des éthiques non-utilitaristes lorsqu’elles sont confrontées aux aspirations des sociétés au développement : comment une éthique peut-elle conduire à faire des choix susceptibles de restreindre la capacité même de certains hommes à accéder aux satisfactions - esthétiques, morales - dont elle fait l’apologie ?
Avant de conclure ce rapide panorama des éthiques de l’environnement, nous soulignerons qu’elles se placent toutes dans la vision cosmologique occidentale d’une nature comme entité distincte, vision dont nous avons indiqué précédemment le caractère particulier. Pour sa part, l’éthique du développement est à l’évidence fondée sur des références nettement anthropocentriques et utilitaristes. Comment ces différentes références peuvent-elles se combiner pour fonder une éthique du développement durable ? Une éthique « syncrétique », combinant ces différentes visions, est-t-elle envisageable ?
Une première option est celle de « l’anthropocentrisme étendu », prenant en compte l’intérêt non seulement des hommes actuels mais des générations à venir. Cette option, que l’on peut qualifier de classique et humaniste - car elle conserve comme finalité ultime le devenir des hommes - établit le lien entre les impacts sur la nature et les conséquences qui peuvent en résulter, à court où a plus long terme, pour l’avenir de l’homme lui-même. C’est en particulier l’approche du philosophe allemand Hans Jonas dans son ouvrage de 1979, Le Principe responsabilité, principe ainsi énoncé : « agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre [et] de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie » (Jonas, 1990). Le respect de la nature devient donc, via ses conséquences possibles, un respect du devenir de l’homme lui-même, et représente une sorte de généralisation du principe de Kant « agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ». C’est également l’approche du japonais Tomonobu Imamichi (in Ladrière, 1997), qui a défini le concept d’« éco-éthique » comme l’obligation pour la technologie de veiller à créer un « habitat » favorable à l’homme et à son devenir, l’habitat étant défini comme l’environnement aussi bien écologique que social des hommes ;
Cette vision se décline également dans l’approche du "catastrophisme éclairé", défendu par le philosophe Jean-Pierre Dupuy (2002). Cette approche invite en effet à se détourner de toute option présentant un risque, si faible soit-il, de catastrophe majeure pour l’humanité. Cette éthique anthropocentrique étendue apparaît comme le fondement implicite de la plupart des politiques environnementales. H.D. Rosa l’a notamment montré dans l’analyse de la mise en place du réseau européen "Natura 2000" (Rosa et Da Silva,2003).
Une autre option syncrétique, proposée par Patrick Blandin (2004, voir également Bergandi, 2001 ; Blandin et Bergandi, 2003) est celle de « l’éthique de la coévolution » : elle se fonde sur le constat que l’homme et les autres espèces vivantes sont de fait en situation de dépendance réciproque pour s’adapter et poursuivre leur évolution, au moins dans le cadre de notre planète. Permettre donc à cette dynamique de s’exprimer - ce qui rejoint la notion précédemment évoqué d’adaptabilité durable - peut être considérée comme une attitude avantageuse pour les deux parties. Une telle éthique combine les approches biocentrique et anthropocentrique et s’écarte du dualisme culture-nature pour proposer une vision de « communauté symbiotique » de l’ensemble des êtres vivants. Selon les termes de Bergandi (2001), elle recherche donc une voie médiane, une « convergence pragmatique », entre un « anthropocentrisme environnementalement éclairé » et un « écocentrisme non misanthropique » pour aboutir à une forme « d’humanisme étendu ».
Au-delà des concepts, il conviendrait de confronter ces différentes visions à des situations concrètes pour voir si elles conduisent effectivement à des options de gestion très contrastées. Rosa et Da Silva (2003) observent en effet une certaine convergence dans la traduction pratique d’éthiques éventuellement opposées. Ainsi, dans l’anthropocentrisme strict, ce serait au défenseur de la biodiversité d’apporter la preuve qu’une action humaine va apporter une perturbation grave aux écosystèmes. Dans le biocentrisme ou l’écocentrisme strict, il y a inversion de la charge de la preuve : c’est l’homme qui doit prouver que son action ne va apporter aucune perturbation notable. Or, l’obligation de négociation et la difficulté de démonstrations indiscutables dans les domaines concernés amènent, dans les faits, les deux parties à apporter des éléments de justification et à abandonner un rôle strict d’accusateur ou de défenseur.
Conclusion
Nous avons présenté dans ce texte les principales facettes de ce nouveau regard sur la diversité du vivant qui nous semble devoir inspirer les politiques à venir : des politiques plus « apprenantes », à travers la notion de « spirale d’apprentissage » mobilisant et faisant interagir l’ensemble des acteurs ; des politiques plus tournées vers l’avenir, centrées sur l’amélioration du potentiel évolutif plutôt que sur une conservation figée de l’existant ; des politiques revalorisant la nature et les espèces « ordinaires » ; des politiques intégrant l’homme et la diversité de ses pratiques comme un allié à mobiliser et non comme une nuisance à combattre ; des politiques, enfin, promouvant une culture du débat plutôt qu’une vision technocratique de « ce qu’il faut faire ». L’élaboration de ce nouveau regard sollicite donc l’ensemble des protagonistes de la connaissance et de la gestion de la biodiversité. Souhaitons donc que cet enjeu de création et d’amélioration d’un bien commun pour demain s’impose par rapport aux enjeux plus immédiats de répartition des usages de ce bien.
A propos des auteurs
Robert Barbault est professeur d’écologie à l’université Pierre et Marie Curie. Spécialiste de la dynamique des populations et des peuplements de vertébrés, Il dirige le département d’Écologie et Gestion de la biodiversité du Muséum national d’histoire naturelle. Membre de l’Academia Europea et de nombreux comités scientifiques, il préside le Comité français du programme de l’UNESCO « L’homme et la biosphère ». Il a contribué à la création du premier programme national français sur la biodiversité, en connexion étroite avec la mise en œuvre du programme international « Diversitas », auquel il a participé.
Patrick Blandin, agrégé de sciences naturelles, docteur d’État, est professeur du Muséum national d’histoire naturelle depuis 1988. Il est chargé de mission scientifique à la Direction générale pour la conservation de la nature, le développement durable et l’éthique environnementale. Il a été directeur du laboratoire d’Écologie générale (1988-1998), de la Grande Galerie de l’évolution (1994-2002), du laboratoire d’Entomologie (2000-2002) et du département du Musée de l’Homme (2002-2003). Il a présidé le Comité français pour l’UICN (Union mondiale pour la nature) de 1992 à 1999.
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La première transition est le passage d’une conception classique, séquentielle, allant de la connaissance à l’action, à une vision beaucoup plus systémique, dans laquelle les trois aspects de description, de compréhension et de gestion se développent simultanément et de manière interactive, afin que chaque activité bénéficie aussi vite que possible des résultats des autres. 


