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Biodiversité et développement durable : quels indicateurs ?

Thèse présentée par Harold Levrel, Ecole des hautes études en sciences sociales, le 23 octobre 2006, dirigée par Jacques Weber

La science de la durabilité serait la science de l’intégration. Intégration des échelles, des disciplines et des intérêts des acteurs. Une piste pour intégrer ces différents éléments est de développer des indicateurs de développement durable. Parmi ces indicateurs, les indicateurs d’interactions ont une importance clé car ils doivent permettre de relier entre eux les objectifs sociaux, les dynamiques écologiques et les activités humaines.

Cette thèse cherche à évaluer la pertinence des indicateurs d’interactions existants ainsi que des méthodes de construction innovantes qui se fixent pour objectif de développer des outils de co-gestion adaptative de la biodiversité.

Vous pouvez télécharger cette thèse en cliquant ici.

 

Eléments pour une définition de la biodiversité

Par Gilles Pipien

Biodiversité : diversité biologique ou diversité du vivant.

Définition officielle : variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes. (article 2 de la Convention sur la diversité biologique, adoptée le 22 mai 1992 et ouverte à la signature des Etats lors de la Conférence de Rio le 5 juin 1992, entrée en vigueur le 29 décembre 1993)

Origine du mot : Le mot biodiversité est un néologisme composé à partir des mots biologie et diversité. L’expression « biological diversity » a été inventée par Thomas Lovejoy en 1980 tandis que le terme « biodiversity »lui-même a été inventé par Walter G Rosen en 1985 lors de la préparation du « National Forum on Biological Diversity » organisé par le « National Research Council » en 1986 ; le mot « biodiversité » apparaît pour la première fois dans une publication en 1988 lorsque l’entomologiste américainE.O. Wilson en fait le titre du compte rendu de ce forum. Ce dernier en donne la définition suivante : « la totalité de toutes les variations de tout le vivant ». Le succès de ce néologisme tient au fait qu’il a symbolisé l’émergence de plusieurs nouveaux regards sur cette diversité du vivant.

Une propriété du vivant : la diversité du vivant sur notre planète s’appréhende d’abord dans sa dimension de diversité immense des espèces. On estime aujourd’hui à plus de dix millions le nombre d’espèces d’êtres multicellullaires (dont huit millions d’espèces d’insectes) et de un à dix milliards le nombre d’espèces d’êtres unicellullaires (eucaryotes et procaryotes). Nous ne connaissons qu’une très faible partie de cette diversité spécifique : environ 1,7 millions d’espèces d’êtres multicellullaires ont été décrites à ce jour. Mais la diversité du vivant est encore plus complexe. Tout d’abord elle est présente à chaque niveau d’organisation du vivant, depuis la diversité des gènes, la diversité entre individus (et au cours du temps dans la vie d’un individu), entre groupes puis populations au sein d’une espèce, puis dans les interrelations de ces individus, populations, espèces entre elles et avec l’environnement, suivant le temps, et l’espace, les lieux, milieux, écosystèmes. La Terre abrite une extraordinaire diversité biologique, qui inclut non seulement les millions d’espèces qui habitent notre planète, mais aussi la diversité de leurs gènes, physiologies et comportements, la multitude des interactions écologiques entre elles et avec leur environnement physique, et la variété des écosystèmes complexes qu’elles constituent. On distingue en général au moins trois niveaux : la diversité écologique (les écosystèmes) ; la diversité spécifique (les espèces) ; la diversité génétique (les gènes).

Nous observons la diversité du vivant à différentes échelles, selon l’outil utilisé. L’oeil perçoit quelques éléments d’un paysage, les populations et les plus grands individus d’une biocénose, qui est un ensemble fonctionnel de populations animales et végétales. Mais les techniques de prises de vue aériennes ou d’imageries satellitaires sont nécessaires pour appréhender l’ensemble de ce paysage. A l’inverse, des techniques de grossissement sont indispensables pour observer des micro-organismes ou, pour distinguer des individus qui paraissent semblables à première vue. L’outil moléculaire permet enfin de différencier les constituants de base du vivant qui sont le siège des potentialités biochimiques, physiologiques et adaptatives inscrites dans le patrimoine génétique de chaque individu. Mais au-delà, si l’on étudie encore les composantes de la biodiversité (inventaires des écosystèmes, des flores et des faunes), on cherche de plus en plus à en comprendre le fonctionnement. On a franchi une étape dans la compréhension du système, de la complexité du vivant en général, en passant de sa description à l’étude de son fonctionnement.

Le moteur du vivant : Cette biodiversité est le produit de plus de 3 milliards d’années d’évolution, suivant deux mécanismes complémentaires : les différenciations et les mutations liées à la reproduction, le « tri » qu’opère ensuite l’environnement dans la survie des individus porteurs de cette mutation avant leurs reproductions. Les scientifiques constatent aujourd’hui que les mutations sont choses courantes au moment de la reproduction, en général avec peu d’effet notable : c’est en fait les grands nombres qui aboutissent à des différences marquantes dans le temps long des âges géologiques. La différenciation est accélérée dans le cas de la reproduction sexuée, qui brasse les gênes à chaque génération. Les impacts de l’environnement (c’est à dire des autres individus, des autres espèces, des autres milieux, de toutes les autres interactions) jouent aussi de manière extrêmement variée dans l’espace (sur toute la terre, du fond des océans à la haute atmosphère) et dans le même temps long. D’où l’importance de la compréhension de ces interactions multiples pour tenter de comprendre ce moteur du vivant. Et cette diversité permet à l’ensemble vivant, à la biosphère (ensemble des êtres vivants sur Terre) de réagir et perdurer face aux multiples changements de l’environnement terrestre (depuis la chute d’une météorite aux évolutions du climat en passant par toutes les modifications quotidiennes de ces interactions). En effet, si tel individu, telle espèce, tel milieu est affecté par un changement voire est détruit, d’autres individus, d’autres espèces, d’autres milieux survivront. La diversité est un gage de survie, c’est même l’un des deux éléments essentiels de la perpétuation de la vie sur Terre, avec la reproduction. On peut dire que la reproduction et la biodiversité sont les deux mécanismes, les deux moteurs fondamentaux de la vie.

La biodiversité est une dimension essentielle du vivant, car elle est porteuse du potentiel évolutif qui garantit la capacité d’adaptation des espèces et des écosystèmes face aux changements, auxquels elle participe d’ailleurs elle-même : la biodiversité est une dynamique des interactions dans des milieux en changement. Ainsi, la biodiversité représente un réseau complexe d’espèces et d’habitats en interdépendance et constitue le " moteur " du Vivant, la source et le gage de la pérennité des autres ressources. Désormais, les scientifiques du vivant dépassent la simple connaissance de la présence et absence d’espèces, qui est insuffisante : les caractéristiques et le fonctionnement des écosystèmes sont également déterminés par les interactions entre les espèces. La richesse actuelle du vivant est un résultat de l’évolution qui constitue un potentiel d’évolution pour le futur.

La crise de la biodiversité : depuis des dizaines d’années, les scientifiques ont pris conscience d’une disparition de nombreuses espèces à un rythme très supérieur à ce que les observations du passé géologique ont pu nous permettre de repérer. Le rythme actuel est très largement supérieur en vitesse d’élimination à ce qu’il fut lors des cinq grandes extinctions connues il y a des millions d’années. Nous sommes face à une sixième extinction. Non seulement des espèces emblématiques sont en danger, comme le tigre ou l’ours blanc, mais des espèces communes, comme l’hirondelle, le moineau, la perdrix grise. Mais ce ne sont pas seulement des espèces, mais bien des écosystèmes entiers qui disparaissent (plus de 50% des zones humides françaises ont disparu en trente ans ; la forêt primaire équatoriale recule à très grande vitesse, les zones de mangroves, des récifs coralliens disparaissent ou meurent). En fait, derrière ces disparitions d’espèces ou de milieux, ce sont des chaînes entières d’interactions, et donc d’autres espèces qui disparaissent. La richesse de la biodiversité est en régression, et donc le potentiel évolutif et adaptatif du vivant est touché. L’un des moteurs du vivant a des ratés.

L’homme dans la biodiversité : la biodiversité c’est « tout le vivant », donc l’homme en fait partie. Si la biodiversité c’est la dynamique des interactions, alors il faut prendre en compte les interactions essentielles de l’homme et du reste du vivant. De part tout d’abord le nombre de ces membres, l’espèce humaine a un impact très fort sur la biosphère, et ce depuis très longtemps. Elle a utilisé le vivant comme ressource, non seulement pour sa nourriture, pour se soigner, mais aussi pour de nombreux matériaux, pris dans le vivant actuel (bois, coton, ...) ou dans le vivant passé (calcaire, charbon, pétrole, ...). Elle a bénéficié des services du vivant depuis la stabilisation d’une atmosphère respirable à la limitation des évolutions climatiques, en passant par la dépollution des eaux ou la pollinisation. Le vivant est une ressource vitale pour l’homme, et donc la capacité d’évolution de pérennité du vivant est un enjeu de survie pour l’homme.

L’homme est la seule espèce consciente, aujourd’hui, donc à penser son environnement, et à façonner cet environnement. Le vivant est, de fait, investi de valeurs symboliques, culturelles et identitaires. L’homme est donc confronté à la diversité du vivant pour des raisons d’ordre biologique, écologique, mais aussi économique, éthique, culturel. Or les impacts de l’homme sur le vivant, et en particulier la biodiversité, ont pris, depuis un siècle, un tour dangereux pour cette biodiversité, avec des prélèvements excessifs, mais surtout des atteintes « indirectes » (urbanisation, pollution, changement climatique, etc...) destructrices, dépassant les rythmes de destruction jamais atteints dans l’histoire géologique. Or nous ne pouvons plus croire que les ressources naturelles, vivantes sont inépuisables, nous ne pouvons plus croire que le vivant est indestructible, et surtout que le vivant qui nous est indispensable est éternel. La destruction de la biodiversité, c’est la destruction des potentiels pour le futur, c’est la destruction des ressources pour l’homme, c’est la mise en danger de l’humanité elle-même.

Il est donc essentiel de mieux connaître la biodiversité, et en premier lieu son fonctionnement dans les interrelations de l’homme avec le reste du vivant, et de veiller à préserver les potentiels d’évolution de cette biodiversité. L’homme, conscient de son impact, de ses actes, se trouve en position responsable pour préserver l’avenir du vivant, c’est à dire son propre avenir.

Et ceci peut s’appliquer aussi à la « biodiversité domestique », par la meilleure connaissance et préservation de toutes les variétés d’espèces domestiquées, agricoles, depuis que l’homme du néolithique a commencé à sélectionner, croiser, trier. Là encore, il faut préserver les potentiels d’évolution, d’adaptation demain à des conditions différentes, nécessitant de mobiliser d’autres espèces pour continuer à nous nourrir, à nous vêtir, etc...

Proposition de définition : La biodiversité désigne, sur l’ensemble de la Terre ou dans un espace donné, l’ensemble de la diversité des êtres et associations d’êtres qui y vivent (homme compris) et de leurs interrelations, cet ensemble étant considéré comme une entité à la fois évolutive - car elle conditionne la perpétuation et l’adaptation du vivant - et fonctionnelle, car elle régule les processus nécessaires à la vie (les grands cycles de l’eau et des éléments chimiques, le climat, le renouvellement des sols, etc.). La biodiversité est un enjeu biologique, écologique, économique, éthique et culturel pour l’humanité, pour le présent et pour le futur. Aujourd’hui la biodiversité est en crise du fait de l’homme.

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Photo : Gilles Pipien

Et quelques sources :


- Convention sur la diversité biologique, conclue à Rio de Janeiro le 5 juin 1992 , à l’article 2 :

« diversité biologique : variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes. »

- Déclaration finale / appel de Paris, du comité scientifique lors/de la conférence internationale Biodiversité : science et gouvernance (24-28 janvier 2005) :

« La biodiversité constitue un patrimoine naturel et une ressource vitale pour toute l’humanité

La Terre abrite une extraordinaire diversité biologique, qui inclut non seulement les millions d’espèces qui habitent notre planète, mais aussi la diversité de leurs gènes, physiologies et comportements, la multitude des interactions écologiques entre elles et avec leur environnement physique, et la variété des écosystèmes complexes qu’elles constituent. Cette biodiversité, qui est le produit de plus de 3 milliards d’années d’évolution, constitue un patrimoine naturel et une ressource vitale dont l’humanité dépend de multiples façons :... »

- Stratégie Nationale pour la Biodiversité, résumé (MEDD février 2004) :

« La biodiversité est une dimension essentielle du vivant. Elle s’exprime par la diversité génétique, la diversité des espèces et la diversité des écosystèmes. Elle est porteuse du potentiel évolutif qui garantit la capacité d’adaptation des espèces et des écosystèmes face, notamment, au changement global. La biodiversité est un enjeu vital pour les sociétés humaines par les biens et services qu’elle procure. Les utilisations qui en sont faites ont marqué les paysages et l’ont façonné en retour. Elle est, de fait, investie de valeurs symboliques, culturelles et identitaires. L’homme doit préserver la diversité du vivant pour des raisons d’ordre éthique, culturel, biologique, écologique, mais aussi économique. » Introduction : « la diversité biologique, ou biodiversité, désigne la diversité de toute forme de vie sur Terre. Elle s’exprime à plusieurs niveaux : la diversité génétique, la diversité des espèces et la diversité des écosystèmes. »

- Site www.biodiversite.org (mai 2007) :

« Officiellement, la biodiversité est définie par la CDB (Convention sur la Diversité Biologique) comme étant la "variabilité des organismes vivants, de quelque origine qu’ils soient, incluant notamment les écosystèmes et les complexes écologiques dont ils font partie (...) Cela comprend la diversité au sein des espèces, entre espèces ainsi que celle des écosystèmes". . ( La Convention sur la biodiversité a été adoptée le 22 mai 1992 et ouverte à la signature des Etats lors de la Conférence de Rio en juin 1992. Elle est entrée en vigueur le 29 décembre 1993). Cette définition officielle signifie que la vie sur la Terre comprend trois aspects interdépendants : la diversité des espèces, la diversité du bagage génétique de chaque individu et la diversité de tous les milieux terrestres et aquatiques qui sont autant d’habitats essentiels au maintien des espèces dans leur diversité et la diversité de leurs populations et des individus qui les composent. »

- Site de la ligue ROC :

« Qu’est-ce que la biodiversité ? Le grand scientifique américain, Edward O. Wilson, considéré comme l’inventeur du mot biodiversity, en donne la définition suivante : « la totalité de toutes les variations de tout le vivant » Selon les scientifiques, la biodiversité est la dynamique des interactions dans des milieux en changement. Elle se décline en diversité écologique (les milieux ), diversité spécifique (les espèces), et diversité génétique.

 

Cette définition met en évidence deux notions essentielles :
1.la biodiversité c’est « tout le vivant » , donc l’homme en fait partie.
2.la biodiversité c’est la dynamique des interactions. Or si l’on parle maintenant autant de biodiversité, c’est bien à cause d’interactions essentielles dont celles causées par nos activités.

 

Cette définition nous enseigne que protéger la nature c’est protéger la capacité d’adaptation du vivant. Il faut avoir en mémoire que pour une espèce qui disparaît de nombreuses interactions disparaissent. Supprimer une espèce c’est donc changer le cours des choses, une atteinte à la liberté qu’a le monde de se déployer ( Jacques Blondel- CNRS lors de la Conférence de Paris sur la biodiversité en janvier 2005).

La biodiversité est un concept scientifique mais c’est également du concret, elle inclut en effet : des valeurs morales, esthétiques et culturelles. C’est l’animal qui a le droit de vivre ou le paysage que l’on admire. des productions de biens tels que nourriture, bois, textiles, médicaments. C’est la variété de nos fromages ou 70% de certains de nos médicaments des plus importants. des équilibres globaux et différents phénomènes comme la pollinisation, la qualité des eaux, la fertilité des sols, la protection contre les maladies. Dans une région himalayenne on a dû réintroduire des insectes pollinisateurs pour maintenir la production de fruits. En France 75% des rivières sont polluées par les pesticides. »

- Bernard Chevassus-au-Louis (message électronique mai 2007) :

« La biodiversité désigne, dans un espace donné, l’ensemble de la diversité des êtres qui y vivent (homme compris) et de leurs relations, cet ensemble étant considéré comme une entité à la fois évolutive et fonctionnelle. »

- Bernard Chevassus-au-Louis (in conférence du 16 décembre 2004, INRA) :


« Le terme « biodiversité » a été introduit en 1986 par l’entomologiste américain Edward O. Wilson, en substitution de la notion de « diversité biologique » utilisée jusqu’alors. Le succès de ce néologisme (Aubertin 2000) tient à notre avis au fait qu’il a symbolisé l’émergence de plusieurs nouveaux regards sur cette diversité du vivant, regards qui mettent en avant trois notions principales :
- son immensité, insoupçonnée jusqu’alors ;
- sa complexité, liée à ses différents niveaux d’organisation et à leurs interactions ;
- sa fragilité, avec la prise de conscience des impacts humains, souvent irréversibles, sur des ressources que l’on croyait, parce que vivantes, inépuisables. »


- Jacques Weber, directeur de l’IFB :

« L’ensemble du système vivant planétaire et de ses interactions »

- Association « Semences paysannes » :

« Les variétés paysannes constituent une opportunité pour accroître la biodiversité cultivée (agrobiodiversité) Chaque terroir, chaque système agraire, chaque besoin alimentaire ou culturel nécessite sa variété contrairement au système « engrais-pesticides » qui impose partout un nombre restreint de variétés. De plus, les modes de cultures qui sont liés à ces variétés paysannes sont facteurs de préservation des ressources naturelles au sens large, car les plantes tendent vers une utilisation optimale des possibilités du milieu environnant, avec un impact positif sur plusieurs composantes de l’environnement, par exemple en matière de stabilisation des sols ou de biodiversité sauvage ou cultivée Un manque de reconnaissance, tant sur le plan scientifique et technique que sur le plan réglementaire De manière isolée et indépendante, des paysans et associations ont effectué un énorme travail de sélection évolutive (ou conservatrice) et de multiplication de semences et plants adaptés à leur terroir et/ou présentant des caractéristiques qualitatives intéressantes »

- Le site du Centre d’Echange français pour la Convention sur la diversité biologique :

« Le mot de biodiversité a été forgé récemment en 1985 par W. G. Rosen à l’occasion d’un colloque. Mais ce concept a reçu une véritable popularisation dans le monde politique et dans la société en 1992 lors du sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro où, pour la première fois, on a pris conscience, à une échelle planétaire, de la dégradation de la nature. Pourtant la biodiversité est un objet d’étude très ancien. Les naturalistes étudient depuis des siècles la diversité des faunes, des flores et des écosystèmes. En somme, depuis très longtemps, ils font de la biodiversité, eux aussi, sans le savoir ! Le concept de biodiversité est défini par la convention sur la diversité biologique comme : « la variabilité des êtres vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces, ainsi que celle des écosystèmes » (art. 2).

Les trois niveaux d’organisation de la biodiversité :

 

Le concept de la biodiversité fait référence à l’ensemble des composantes et des variations du monde vivant et les scientifiques y distinguent trois niveaux d’organisation :
- la diversité écologique (les écosystèmes) ;
- la diversité spécifique (les espèces) ;
- la diversité génétique (les gènes).

 

Aujourd’hui, on étudie encore les composantes de la biodiversité (inventaires des écosystèmes, des flores et des faunes), pourtant, on cherche de plus en plus à en comprendre le fonctionnement. On a franchi une étape dans la compréhension du système, en passant de sa description à l’étude de son fonctionnement.

Enfin, il faut savoir que, de plus en plus, les scientifiques essayent de resituer la biodiversité dans une perspective environnementale plus large et on assiste à une intégration de la biodiversité dans les problèmes de société. Il y a d’abord une prise en compte du rôle de l’homme, soit en terme de dépendance directe (pour ses ressources biologiques, pour ses ressources alimentaires), soit en terme de dépendance indirecte par rapport aux services écologiques que rend la biodiversité (interférence avec les climats, bien-être que procure la nature...). »

- L’IRD

« La biodiversité est tout simplement la variété du monde vivant. Nous ne sommes pas étrangers à cette diversité : le vivant a une unité. L’homme vit de la nature vivante : il y trouve des ressources, mais aussi des modèles que sa technologie développe. Il l’a trop souvent surexploitée ou gaspillée. Aujourd’hui, il entrevoit la nécessité de la perpétuer : pour cela, il lui faut mieux la connaître. Nous observons la diversité du vivant à différentes échelles, selon l’outil utilisé. L’oeil perçoit quelques éléments d’un paysage, les populations et les plus grands individus d’une biocénose, qui est un ensemble fonctionnel de populations animales et végétales. Mais les techniques de prises de vue aériennes ou d’imageries satellitaires sont nécessaires pour appréhender l’ensemble de ce paysage. A l’inverse, des techniques de grossissement sont indispensables pour observer des micro-organismes, ou pour distinguer des individus qui paraissent semblables à première vue. L’outil moléculaire permet enfin de différencier les constituants de base du vivant qui sont le siège des potentialités biochimiques, physiologiques et adaptatives inscrites dans le patrimoine génétique de chaque individu. »

Le CEMAGREF, Jean Jacques Brun :

« La biodiversité représente pour moi un " réseau complexe d’espèces et d’habitats en interdépendance ". Elle est le " moteur " du Vivant, la source et le gage de la pérennité des autres ressources. Désormais les scientifiques du vivant savent que la simple connaissance de la présence et absence d’espèces est insuffisante. En effet les caractéristiques et le fonctionnement des écosystèmes sont également déterminées par les interactions entre les espèces. »

et son collègue Philippe Boët :

« La biodiversité a longtemps été considérée sous le seul aspect richesse en espèces. En réalité la biodiversité s’applique au gène, à l’écosystème ou au paysage, ainsi qu’à la complexité du monde vivant en général. Sur le plan scientifique, on peut dire que la richesse actuelle du vivant est un résultat de l’évolution qui nous donne un potentiel d’évolution pour demain, mais on ne peut pas aller beaucoup plus loin à mon sens. »

et enfin, Patrick Blandin :

« Le terme « biodiversité » évoque la diversité des espèces à la surface du globe. Titre d’un colloque tenu aux USA en 1986 et du livre qui en est issu en 1988, ce terme s’est répandu dans le grand public après le Sommet de la Terre. Si la notion de diversité des espèces au sein des écosystèmes remonte aux années 40, la diversité du vivant s’appréhende aujourd’hui de façon plus complexe : on distingue la diversité écologique qui correspond aux différents milieux dans un paysage, la diversité en espèces d’un écosystème et enfin la diversité génétique au sein d’une espèce, distribuée entre différents individus. Ces trois niveaux de diversité sont tous à prendre en considération, car ils sont interdépendants. Un débat se développe dans les années 60 : la diversité des espèces dans une communauté garantit-elle sa stabilité ? Les controverses se poursuivent jusqu’à la fin des années 70. En fait, dans une perspective évolutionniste, l’important est de constater que la biodiversité actuelle est héritée de l’histoire et constitue l’unique potentiel d’évolution pour l’avenir. »

- L’INRA

« La biodiversité est la diversité du monde vivant dans toutes ses manifestations. Elle désigne la diversité des espèces, celle de leurs gènes, la diversité des relations et des dépendances entre les espèces peuplant un même milieu, celle des liens inféodant les espèces à leur environnement. Elle comprend, enfin, la diversité des milieux, des paysages qu’ils composent et des rapports que l’Homme entretient avec les paysages et les organismes vivants qu’ils abritent. Elle reflète et conditionne l’histoire évolutive des espèces, leurs capacités d’évolution et d’adaptation, l’équilibre et la pérennité des écosystèmes. »

Wikipedia : article au 6 mai 2007 :

« Le mot biodiversité est un néologisme composé à partir des mots biologie et diversité. La biodiversité désigne la diversité du monde vivant au sein de la nature.

L’expression biological diversity a été inventée par Thomas Lovejoy en 1980[1] tandis que le terme biodiversity lui-même a été inventé par Walter G. Rosen en 1985 lors de la préparation du National Forum on Biological Diversity organisé par le National Research Council en 1986 ; le mot « biodiversité » apparaît pour la première fois dans une publication en 1988 lorsque l’entomologiste américain E.O. Wilson en fait le titre du compte rendu[2] de ce forum[3]. Le mot biodiversity avait été jugé plus efficace en terme de communication que biological diversity.

Depuis 1986, le terme et le concept sont très utilisés parmi les biologistes, les écologues, les écologistes, les dirigeants et les citoyens. L’utilisation du terme coïncide avec la prise de conscience de l’extinction d’espèces au cours des dernières décennies du XXe siècle.

En juin 1992, le sommet planétaire de Rio de Janeiro a marqué l’entrée en force sur la scène internationale de préoccupations et de convoitises vis-à-vis de la diversité du monde vivant. »



Et pour qui veut prolonger la réflexion, cet article attaché (format pdf) de O’Neill (2001) - en anglais : 
"Is it time to bury the ecosystem concept ?"


Ecosystem concept

O’Neil 2001 (en anglais)

Une référence intéressante pour qui veut aller plus loin dans la réflexion

 

Avant que nature meure


Jean Dorst

Ed. Delachaux et Niestlé 1965

Préface : Prince Bernhard des Pays Bas, président du WWF ; « certaines de nos activités semblent porter en elles-mêmes les germes de la destruction de notre espèce...L’homme ...n’a ni le droit moral ni l’intérêt matériel à mener une espèce animale ou végétale à son extinction... Â».

J Dorst, ornithologue, est professeur au Museum National d’Histoire Naturelle, dont il deviendra le directeur.

Avant-propos : le déséquilibre du monde moderne

Citation de Théodore Roosevelt 1908 : « le temps est venu d’envisager sérieusement ce qui arrivera quand nos forêts ne seront plus, quand le charbon, le fer et le pétrole seront épuisés, quand le sol aura encore été appauvri et lessivé vers les fleuves, polluant leurs eaux, dénudant les champs... Â»

« Si l’on envisage l’histoire du globe, l’apparition de l’homme prend aux yeux des biologistes la même signification que les grands cataclysmes à l’échelle du temps géologique...la révolution qui se passe sous nos yeux depuis l’apparition de l’homme sur la Terre [a] une vitesse et une ampleur sans égales si l’on tient compte de la faible durée au cours de laquelle s’est manifestée l’action de notre espèce Â». Mais avec une terrible accélération depuis deux siècles. « l’homme de la civilisation industrielle a pris maintenant possession de la totalité du globe...L’homme moderne dilapide...les ressources non renouvelables, combustibles naturels, minéraux, ce qui risque de provoquer la ruine de la civilisation actuelle. Â»

En fait les préoccupations de conservation de la nature « concernent ..le devenir de l’homme. Â»

« l’homme continue de dépendre étroitement des ressources ...et avant tout de la ...photosynthèse...Ce fait fondamental lie l’homme d’une manière très étroite à l’ensemble du monde vivant, dont il ne forme qu’un élément Â».

« L’écologie : science qui étudie les rapports des êtres vivants entre eux et avec le milieu physique dans lequel ils évoluent Â». Les lois de la biosphère sont complexes. Or l’action de l’homme « a visé à simplifier les écosystèmes, à canaliser leurs productions dans un sens strictement anthropique et souvent à ralentir Â» les cycles. Il y a là à terme, du fait du bilan systématiquement déficitaire, une atteinte irrémédiable à la productivité de la biosphère. J Dorst va plus loin en considérant que l’on a créé des lieux laids et polluants, induisant des maladies mentales.

« Il convient d’opposer les philosophies orientales à nos conceptions occidentales. Beaucoup d’orientaux ont en effet un respect de la vie sous toutes ses formes, toutes procédant directement de Dieu... L’homme fait métaphysiquement partie d’un comlexe dont il ne représente qu’un élément. Â» « En revanche, les philosophies occidentales mettent toutes l’accent sur la suprématie de l’homme sur le reste de la création qui n’est là que pour lui servir de cadre. Â»

Donc, pour la survie même de l’homme, il faut préserver les ressources, la nature : « L’homme et la nature seront sauvés ensembles. Â»

Conserver la nature, c’est assurer une « conservation d’un échantillonnage aussi représentatif que possible de tous les habitats naturels. Â»...mais également « celle des ressources naturelles toutes entières... de l’eau, de l’air, ... du sol... Il convient de respecter et gérer l’ensemble de ce capital Â». J Dorst y ajoute les paysages : « l’homme a besoin d’équilibre et de beauté Â».

Il appelle à un « aménagement rationnel de la Terre Â» , et donc à une collaboration des « protecteurs de la nature Â» (qui devraient comprendre « que la survie de l’homme sur terre exige une agriculture intensive et la transformation profonde et durable de certains milieux Â») et des planificateurs/ technocrates ( qui doivent admettre que « l’homme ne peut s’affranchir de certaines lois biologiques Â»). « Une entente réaliste entre les économistes et les biologistes peut et doit ...assurer le développement rationnel de l’humanité Â». « Il s’agit au fond de réconcilier l’homme avec la nature. De le persuader de signer un nouveau pacte avec elle. Â»

Hier

« L’impact de l’homme dans les équilibres biologiques date de l’apparition de celui-ci sur terre Â»... mais surtout « quand les populations humaines commencèrent à s’organiser en communautés aux structures sociales de plus en plus perfectionnées ... Il n’y a qu’une différence de degré entre le cultivateur néolithique déboisant ... et l’homme de l’an 2000 qui ... changera le cours des fleuves, les forçant à irriguer les déserts. Â» Les deux facteurs qui ont aggravé cet impact ancien sont : l’explosion démographique et la puissance accrue des techniques.

Dans de nombreux cas historiques, on a pu constater que l’homme a détruit son habitat et les éléments nécessaires à son existence, avant d’en ressentir les effets. En effet, à la différence des animaux ( herbivores en surpâturage, carnivores en surprédation) son intelligence et ses facultés d’adaptation lui permettent de dépasser les limites. Ce déséquilibre homme/ nature est apparu dès le passage du chasseur au pasteur (qui crée des habitats ouverts et, a détruit de nombreux espaces en Méditerranée, notamment en Palestine, aussi par surpâturage) et surtout à l’agriculteur.

Cf les contrexemples d’équilibres de peuples « primitifs Â» : aborigènes d’Australie, Pygmées d’Afrique, indiens d’Amazonie...en parfaite harmonie et « Ã©quilibre stable avec leur milieu Â».

Le feu a été la première œuvre de destruction/ modification des milieux, au service de la culture itinérante et de la déforestation (qui a atteint son apogée au Moyen-âge).

La révolution industrielle et l’expansion des européens sur la planète ont changé le rythme et l’échelle des destructions, particulièrement en Amérique, Afrique, Australie.

A partir du XVIIIème siècle, le nombre d’espèces animales (mammifères, oiseaux), qui disparaissent s’accélère, mais ce n’est qu’une partie des destructions. « A part certains biotopes de haute montagne, il n’existe pas en Europe occidentale ou moyenne un seul pouce de terrain sur lequel l’influence de l’homme ne se soit pas profondément fait sentir. Â»

En Amérique du nord, en 200 ans, 170 millions d’hectares de forêts ont été détruits, et un nombre considérable d’espèces ont été détruites, surtout par chasse systématique, dès la fin du XIXème siècle : « ce désir de détruire la vie sauvage, de l’éradiquer volontairement n’a pas d’équivalent en Europe. Â»

A cela s’ajoutent les déséquilibres créés par l’importation d’espèces étrangères (rats, chiens, chèvres, etc...) déstabilisant totalement des écosystèmes, surtout insulaires ( cf Antilles, ...).

En Asie, c’est la démographie qui a été le facteur destructeur majeur, avec la destruction des habitats, et le commerce d’espèces ( plumes, cornes, fourures, etc...).

En mer le phénomène a été du même ordre.

Dans tous les cas, on passe de (centaines) de millions d’individus à zéro ou quelques unités isolées.

 

En résumé, les principales causes de destruction sont : 
- chasse, pèche, avec un caractère systématique (peau, os, graisse, plume, ... voire collection ou simple sport) ; 
- modification des biotopes ( déforestation, assèchement, ...) ; 
- introduction d’espèces exogènes.

 

« Les effets conjugués de ces facteurs ont littéralement ravagé le monde entier Â». Le pire a été atteint au XIXème siècle « l’époque du grand développement industriel Â», où « l’homme s’est littéralement jeté à l’assault du monde. Â» « Ainsi la Terre entière se trouvait au pillage vers la fin du XIXème siècle. Â»

« C’est alors que quelques hommes clairvoyants prirent conscience de la gravité de la situation Â».

Pionnier, G P March, avec « Man and nature, or physical geography as modified by human action Â», 1864 : « tous les concepts qui doivent présider à la conservation de la nature sont exposés dans cet ouvrage fondamental Â».

Jusqu’à cette époque, seuls quelques princes ou rois avaient préservé des forêts pour la chasse ou le bois. En France, sous le second empire, ce sont des peintres paysagistes qui incitèrent à classer quelques « sites artistiques Â» dont la forêt de Fontainebleau.

 

Aux Etats Unis, une première réserve naturelle est créée en 1864 (protection des Séquoïas) et, surtout, le premier parc national (Yellowstone) en 1872, « as a public park of pleasure ground for the benefit and the enjoyment of the people Â». Peu à peu, un concept de protection de la nature se répand, avec des lois dans divers pays, « interdisant toute activité humaine dans des portions de territoire. Â» En fait, cette conception est trop figée au regard de la dynamique des équilibres naturels. Il faut que l’homme intervienne et à bon escient. D’où, les différentes catégories de protection : 
- réserves naturelles intégrales : absence absolue d’intervention de l’homme, accès réservé et encadré à des scientifiques ; 
- parcs nationaux : grande superficie, conciliation protection de la nature et éducation/ agrément du public, réglementation précise ; 
- réserves partielles : protection d’éléments du milieu, activités humaines possibles(élevage, ...) dans leur respect ; 
- réserves spéciales : protection très partielle (cf réserves de chasse, de pèche, ...).

 

Peu à peu, les lois se sont étendues à la protection générale de ressources naturelles (forêts, marais, ...). « Ces règlementations peuvent paraitre compliquées. Mais cela s’explique ... en fonction de la difficulté à concilier protection de la nature ...avec les activités humaines dont on ne peut, bien entendu, pas faire abstraction. Il convient de s’adapter aux conditions locales et de rendre cette règlementation aussi souple que possible, de ne pas venir à l’encontre des besoins économiques justifiés de l’homme, et néanmoins d’assurer au mieux la conservation des habitats naturels et de la faune et de la flore qui les peuplent. Â»

« L’Amérique du nord possède ... un des meilleurs systèmes de parcs nationaux et réserves du monde entier Â» ( 30 Parcs aux USA). De nombreuses initiatives privées complètent ce dispositif ( « on ne soulignera jamais assez le rôle des « amateurs Â» dans les mouvements de protection de la nature Â»). Mais ce n’est pas autant le cas au Mexique et en Amérique du sud : « comme dans la plupart des pays latins, ses habitants n’ont pas autant conscience de leurs devoirs envers la nature que dans les pays anglo-saxons. Â»

En France, des initiatives privées ont permis la création de réserves au début du XXème siècle ( 1928, Camargue par la SNPN, 1912, Sept Iles, par la LPO), mais il faut attendre 1960 pour qu’une loi prévoie la création de Parcs nationaux.

En Europe, il y a maintenant de nombreuses protections. On peut citer quelques cas exemplaires en Afrique, les parcs « britanniques Â» étant ouverts aux touristes. Idem en Asie ( surtout en Inde).

Ces actions ont été confortées par une collaboration internationale : par exemple, 1922, Londres, création du comité international pour la protection des oiseaux et, 1948, Fontainebleau, fondation de ce qui deviendra l’UICN ( union pour la conservation de la nature et de ses ressources), sous l’égide de l’UNESCO.

Aujourd’hui

Aldous Huxley : « les relations de l’homme moderne avec la planète ...ont été celles, non pas de partenaires vivant en symbiose, mais du ténia et du chien qu’il infeste, du mildiou et de la pomme de terre qu’il parasite. Â»

J Dorst reprend : « Il faut maintenant se rendre à l’évidence : la simple mise en réserve de certaines parcelles ne suffira pas à préserver la nature ... En raison de l’unité du monde, toute solution doit s’appliquer à l’ensemble de la planète, dont l’homme doit envisager l’aménagement en fonction de son intérêt bien conçu. Â» « D’une manière paradoxale ... le problème le plus urgent ... est la protection de notre espèce contre elle-même : pollutions de l’air, de l’eau, des sols, appauvrissement des sols, surexploitation des mers... et la sauvegarde de la nature sera assurée en même temps, contrairement à ce que pensent encore quelques « protecteurs Â» attardés Â». « le feu est dans la maison toute entière...l’embrasement général exige des mesures d’ensemble. Â»

Ce qui caractérise le XXème siècle, c’est l’explosion démographique sans précédent, aux conséquences incalculables. Celui qui le premier a vraiment théorisé sur le sujet est Thomas R. Malthus : « l’homme accroît plus facilement son espèce que la quantité d’aliments disponibles. La courbe démographique ... suivrait une progression géométrique, celle des subsistances une progression arithmétique. Â» En fait, les économistes resteront très partagés.

Mais un fait demeure « l’accroissement actuel des populations humaines ... met en jeu l’existence même de notre espèce ...dans son contexte biologique Â».

Etapes :

 

- paléolithique, chasseurs, cueilleurs : très faible densité ; 
- antiquité et moyen-âge, agriculture : premier fort accroissement ; 
- XVIIIè/ XIXème, industrialisation et colonisation (surtout Amérique), amélioration de la santé : accélération.

 

J Dorst prévoit in fine une population de 6 à 7 milliards en 2000.

La faim est devenue chronique dans le monde (sous ses deux aspects global / insuffisance calorique, énergétique ; spécifique / carences, malnutrition), même si elle est plutôt due à des difficultés économiques et politiques, plus qu’à une insuffisance de denrées, grâce à une remarquable augmentation des rendements agricoles. Par ailleurs, « l’excès de population peut avoir de profondes répercussions sur le comportement humain : ... gigantisme des villes Â», temps de transport importants, pollutions de l’air, bruit, tension nerveuse, maladies mentales, ...

« Il faut que l’homme prenne conscience de la gravité de sa propre pullulation Â».

Or, nous détruisons les sols.

« Le capital naturel le plus précieux est sans aucun doute constitué par le sol. Â» L’homme a engendré une érosion accélérée, « impact le plus sérieux et le plus lourd de conséquences de l’homme dans son environnement. Â»

Dès les années 1930, un scientifique américain (Bennett) estimait qu’en 150 ans 120 millions d’hectares avaient été ruinés aux USA. La forêt et la prairie retiennent l’eau (ruissellement, évaporation), limitant l’érosion. Le défrichement et la culture laissent le sol sans défense « on a calclué que le taux de ruissellement atteint 27% sur une terre cultivée en maïs, alors qu’il n’est que de 11% sur une prairie voisine Â». Or le déboisement a atteint un niveau catastrophique.

Autre fait aggravant : le surpâturage (on lui attribue la dévastation des sols du pourtour méditerranéen, par exemple de l’Espagne, et surtout des USA et en Afrique).

Le pire reste les mauvaises pratiques agricoles : la monoculture élimine certains éléments minéraux et organiques déterminés et accélère les phénomènes d’érosion (cf cas extrêmes aux USA et en Afrique / café, hévéa, coton, ...), élimination des « mauvaises herbes Â» ou plantes de couverture, culture mécanisée (destruction de la cohésion des sols accroissant l’érosion, diminution de la perméabilité, ... aux conséquences d’autant plus graves que les sols sont fragiles ; cas des sols tropicaux), ...

Les recherches agronomiques permettent d’envisager la reconquête des sols, quitte à avoir recours à des méthodes traditionnelles : culture en terrasses, labourage en sillons suivant les courbes de niveau, apports en éléments minéraux et organiques, assolement, culture en bandes alternantes, remise en herbage, paillage (protection contre dessèchement et érosion éolienne) et cultures de plantes de couverture, haies brise-vents, reforestation (approche vers une équilibre agro-silvo-pastoral), ...

Les conséquences sont importantes sur le régime des eaux : assèchement (l’eau ruisselle et ne pénètre plus), modification climatique, accroissement de la fréquence et de l’amplitude des inondations, accumulation accélérée de sédiments (envasement d’estuaires, de ports, comblements de barrages, de retenues d’eaux, et de canaux, étouffement de terres cultivables, ...).

J Dorst s’arrête sur l’enjeu des zones humides (marais, deltas de fleuves, ...) : richesses écologiques essentielles, mais aussi intérêts économiques « régulateurs du débits des eaux ... ayant en quelque sorte un rôle d’éponge Â», permettant de limiter les inondations, pâturages riches, ressources en bois et plantes, apports nutritifs à la conchyliculture et à la pisciculture, milieux favorables à la reproduction des poissons marins, chasse au gibier d’eau ou autres animaux, tourisme, ...). Deux ennemis graves : l’assèchement et les barrages.

En résumé, « la superficie des sols cultivables se trouve donc réduite d’année en année ... L’existence même de l’homme sur la Terre est en jeu. Â»

Certes la pédologie se répand et les organismes de recherche se multiplient. Mais la réponse passe par un aménagement rationnel des territoires : « on s’aperçoit donc qu’un certain équilibre entre la forêt, la prairie et le champ doit être maintenu Â». Il cite le cas réussi de la Tennesse Valley aux Etats Unis, aménagée depuis 1935 « grâce à l’application de principes d’une logique élémentaire : l’équilibre entre les différentes productions naturelles et l’utilisation des terres en fonction de leur vocation propre Â».

La culture industrielle a aussi offert aux parasites des sources inégalées de nourriture, d’où leur énorme développement. Aux substances minérales de lutte contre ces parasites, ont succédé, depuis les années 1940, des substances chimiques organiques de synthèse qui ont permis de réelles avancées (contrôle de parasites, lutte contre les maladies comme la malaria), mais elles ont « donné lieu à des abus déplorables Â».

Les pesticides sont des poisons violents, souvent non sélectifs, parfois toxiques pour l’homme. Il cite Rachel Carson « Printemps silencieux Â» (1963), en restant pondéré : « ce n’est que l’abus de ces produits qu’il faut proscrire, le principe même de leur emploi raisonnable étant hors de cause. Â» Il évoque la non sélectivité : on tue de nombreux autres insectes que ceux combattus, dont les abeilles, mais aussi des poissons, des crustacés, des oiseaux, notamment des rapaces, des mammifères. En fait toute la chaîne alimentaire est touchée. Les effets à retardement sont importants, par la concentration due aux épandages successifs, par la disparition de nourritures pour les prédateurs des espèces détruites, donc de ces prédateurs ( y compris les « alliés Â» de l’homme, prédateurs des insectes objet de la lutte : on obtient alors l’effet inverse !), par l’apparition de résistances (par sélection « naturelle Â»).

Tout ceci se retrouve dans les herbicides.

J Dorst préconise des alternatives dont la lutte biologique « on appelle lutte biologique les méthodes qui consistent à détruire les insectes ou les autres êtres vivants , par l’utilisation rationnelle de leurs ennemis naturels Â», la stérilisation de reproducteurs, les insecticides « endothérapiques Â» ou systémiques (absorbés par les plantes « mais il convient d’être prudent dans leur emploi Â»), le maintien de végétaux refuges (haies, couverture du sol, ...).

« Aucun produit ne devrait être employé à grande échelle avant que des essais répétés n’aient été faits dans les conditions d’emploi réel et que les conséquences à brève et à longue échéance aient été soigneusement analysées. Â»

Puis J Dorst aborde le problème des déchets :

 

L’industrie a ajouté aux déchets organiques des produits plus résistants (= hydrocarbures lourds, corps radioactifs, ...) avec une explosion quantitative. « Or l’attitude de l’homme vis à vis des déchets est restée la même que jadis : il se contente de les déverser dans la nature Â», qui ne peut plus les dégrader assez vite. 
- Pollutions de eaux douces : par les villes (égouts), par les industries ; conséquences (par eutrophisation, empoisonnement, ...) pour la faune (disparition de poissons, d’oiseaux), les milieux et l’homme (traitement systématique pour avoir de l’eau potable). 
- Pollution des mers : devenus « dépotoirs Â», comme le montrent les plages aux eaux polluées et couvertes de déchets, ou la prolifération d’algues, avec conséquences pour les poissons, ... Mais le pire, c’est la pollution par hydrocarbures, issus surtout des pétroliers, par vidanges régulières de leurs cuves, avec des conséquences sur les oiseaux, mais aussi les crustacés (avec risque de transmission à l’homme) voire les poissons, sans parler des rivages. Ce n’est qu’en 1954 qu’une convention internationale commencera à limiter les déballastages, complétée en 1963 avec des mesures d’interdiction dans de vastes zones. Ceci suppose l’équipement des ports en dispositifs « séparateurs Â» performants. J Dorst appelle à une interdiction totale. 
- Pollution de l’atmosphère : « les industries rejettent ... dans l’atmosphère une quantité insoupçonnée de gaz et de déchets solides, sous forme de fines particules, capables de rester en suspension et de passer dans les voies respiratoires de l’homme et des animaux ... De telles situations ont des conséquences graves pour la santé de l’homme Â». J Dorst évoque l’accroissement des rejets de gaz carbonique qui « conduit à un réchauffement de l’atmosphère et des mers Â» et indique qu’ « il n’est pas impossible que l’homme ait accéléré le phénomène du fait de ses industries Â». Il évoque le monoxyde de carbone rejeté par les véhicules. 
- Pollution radioactive : trois sources (explosions nucléaires / essais nucléaires ; accidents ; eaux de refroidissement des usines atomiques ; déchets atomiques). J Dorst évoque la capacité de concentration dans des chaînes alimentaires, les modifications génétiques, ... Il conclue : « renoncer à l’énergie nucléaire serait maintenant renoncer à la civilisation actuelle. Ces bienfaits que nous pouvons en attendre valent la peine de veiller soigneusement à ne pas empoisonner la nature d’une manière telle que les autres formes de pollutions paraitraient des enfantillages Â».

 

 

L’homme a aussi bouleversé les équilibres en introduisant volontairement ou non des espèces dans des écosystèmes : 
- Végétaux : depuis longtemps des espèces étrangères ont été implantées pour accroître des rendements agricoles (maïs, plantes fourragères,...). C’est aussi le cas pour les forêts (eucalyptus venus d’Australie ou résineux). Il y a eu des cas de conséquences catastrophiques, comme la jacinthe d’eau (venue d’Amérique tropicale), à croissance très rapide (dédoublement toutes les deux semaines !), éliminant les plantes locales, obstruant les cours d’eau, ...

 

- Poissons : J Dorst cite le cas de la Carpe européenne qui, introduite aux Etats Unis, y détruit les fonds (surpâturage) et élimine d’autres espèces, et celui de la Lamproie qui a éliminer les truites des grands lacs. Inversement en Europe, avec le poisson-chat ou la perche-soleil, ou l’introduction accidentelle d’un crabe chinois qui pullule, détruit les digues, éliminent des plantes,...

- Insectes :les transports (avions, bateaux) ont permis de très nombreuses introductions involontaires. Certaines espèces en éliminent alors totalement d’autres implantées localement. En Europe, exemple du Doryphore ( venu du Mexique, via les Etats Unis), passé de plantes sauvages (où sont restés ses prédateurs) à ma pomme de terre. « L’irruption [d’une nouvelle espèce] dans un milieu est presque toujours suivie d’une pullulation effrénée. Â» Des moustiques porteurs de maladies tropicales (malaria, fièvre jaune,...) se sont acclimatées sur d’autres continents.

- Oiseaux : J Dorst évoque l’envahissement des Etats Unis de 1910 à 1950 par l’étourneau.

- Le lapin : « est un des fléaux de l’humanité à laquelle il a coûté en définitive beaucoup plus cher qu’il n’a rapporté Â». Dans l’antiquité, originaire d’Espagne, il se répand en Italie et Grèce, puis au Moyen-âge, dans toute l’Europe. Introduit au XIX ème siècle en Australie, ses populations y explosent et y sont devenu un terrible fléau. Idem en Nouvelle Zélande puis en Amérique du sud. En Australie, il n’a pas de prédateur : les lapins (plusieurs centaines de millions aujourd’hui) ravagent la végétation, faisant une terrible concurrence aux moutons, provoquant l’érosion puis la désertification, et éliminant nombre de marsupiaux herbivores. Tous les efforts d’élimination, forts chers, ont été vains, sauf l’introduction de la myxomatose en 1950, qui fut radicale.

- Mammifères : introduction très nombreuses. Mais des cas d’expansions catastrophiques ; cf le rat musqué qui détruit les digues, colmate les écoulements ; le ragondin ; l’écureuil gris (qui s’est quasi totalement substitué à l’écureuil européen en Angleterre).

- La dévastation de la Nlle Zélande : « constitue ... le meilleur exemple de rupture d’équilibre fragile d’une faune insulaire sous l’influence de compétiteurs et de prédateurs étrangers Â». A l’origine, faune et flore pauvres et particulières (aucun mammifère, des oiseaux aptères comme le kiwi, ...). Au XIXème siècle, introduction de plus d’une centaine d’espèces animales ( mouton, cerf, merle, ...), aboutissant à des expansions spectaculaires et donc, à de terribles destructions du couvert végétal et à l’élimination d’espèces locales. Les mesures drastiques de lutte coûtent très cher ( en 1954, abattage de 500 000 cerfs, en 1945, prélèvement d’un million d’opposums). Idem pour 600 espèces végétales.

En résumé, « l’introduction d’un animal ou d’un végétal dans un milieu où il est étranger bouleverse l’équilibre entre les espèces autochtones et crée de nouvelles chaînes alimentaires ... Les acclimatations sont ... suivies de réactions en chaîne, dont l’homme ne peut prévoir ni le déroulement ni les conséquences Â».

Les mers qui s’étendent sur plus de 70% de la surface du globe, recèlent une biomasse énorme. Mais « les ressources marines sont ... d’ores et déjà exploitées d’une manière trop intensive... Il est sans aucun doute a priori impossible de penser qu’une espèce marine puisse être exterminée ... sauf en ce qui concerne les mammifères ... Le danger de la surexploitation concerne bien plus la rentabilité commerciale des pêcheries ... Â», des individus n’atteignant plus la taille suffisante. « Le phénomène est particulièrement bien étudié Â».

Pour les poissons, « comme chez tous les animaux, une quantité identique de nourriture assure en grande partie la croissance chez les jeunes, alors que chez les individus âgés, elle sert presque uniquement à leur maintien en vie, sans gain de poids appréciable. Si les poissons âgés dominent, ils accaparent la nourriture au détriment des plus jeunes, dont la croissance se trouve donc ralentie et qui périssent en grand nombre. Un prélèvement de sujets adultes augmente donc les chances de survie des individus plus jeunes, parmi lesquels la croissance est plus rapide , ce qui a pour effet d’augmenter la biomasse totale ... Une exploitation du stock de poissons par l’homme augmente la biomasse de l’ensemble ... tant que le prélèvement ne dépasse pas un certain seuil ... au delà, l’homme élimine alors des tranches de population dont les individus n’ont pas encore achevé leur croissance. Cela aboutit à une diminution graduelle et accélérée de la biomasse totale Â» C’est la surpêche. Paradoxalement, un moindre effort de pèche permet une collecte supérieure. « La rentabilité de la pèche repose donc sur des notions assez subtiles de dynamique des populations et de variations de la biomasse de celles-ci. Â» Depuis la fin du XIXème siècle, la demande croissante en poissons (démographie) et l’amélioration des techniques de pèche industrielle (chalutage hauturier, sonar, congélation, ...)ont provoqué de nombreux cas de surpêche.

Cas du flétan dans le pacifique nord / surpêche constatée de 1915 à 1917 ; Canada et USA réglementent de plus en plus sévèrement de 1923 à 1953 ; dès 1931, les prises ré augmentent ; en 30 ans accroissement de 150% ; « une commission internationale veille à la conservation et en permet une utilisation rationnelle Â».

Cas de la sardine du Pacifique : en 40 ans, la surpèche sans limite a abouti à l’arrêt total de son exploitation, avec désarmement des bateaux et fermeture des usines au Canada et aux USA.

Idem pour le Merlu ( Colin). « Dans l’ensemble donc l’état actuel des populations est très alarmant Â»

Les mesures possibles : réglementation du maillage des filets, limitation des périodes d’ouverture à la pèche, contingentement des prélèvements,... en s’appuyant sur une connaissance précise de l’écologie et de la dynamique des populations de poissons exploitées. Mais il faut des accords internationaux pour la haute mer. Il existe diverses conventions (mer du nord, Atlantique nord-est,...) , mais encore insuffisantes, notamment dans leur application (quels moyens de répression ?). L’autre piste, c’est l’élevage de poissons, mais « on en est encore au stade expérimental Â».

J Dorst évoque l’état dramatique des cétacés, malgré les multiples conventions internationales, et la création en 1946 d’une commission baleinière permanente. Il évoque les risques de la pèche sportive et de la chasse sous-marine, sans réglementation. Face à la surpêche, J Dorst a confiance dans la biomasse globale. Il conseille d’explorer d’autres zones, d’exploiter d’autres espèces, dont les mollusques (« 90% de la biomasse des animaux marins sont constitués par des invertébrés Â»), voire le plancton.

Conclusion générale pour « essayer de tirer une doctrine, une philosophie de la conservation de la nature et de ses ressources renouvelables, en rapport avec le maintien d’un équilibre entre l’humanité et son milieu, et avec la satisfaction des besoins légitimes de l’homme. Â»

« Bien que toutes les métaphysiques et toutes les religions accordent à l’être humain une position centrale dans le monde et que celle-ci ne puisse être mise ne doute, l’homme n’a pas le droit moral d’exterminer l’ensemble des êtres vivants Â» et d’ailleurs « a-t-il intérêt à le faire n ? Â» Par ailleurs, « la nature ne sera en pratique jamais sauvée contre l’homme Â».

« Le problème est cependant d’une autre essence dans les temps actuels car il s’agit maintenant de sauver l’homme contre lui-même .... Il dépend et dépendra toujours des ressources naturelles ... L’homme et tous les êtres vivants ... forment un tout dont il faut se préoccuper en bloc Â».

les grandes menaces :

 

- L’explosion démographique : J Dorst stigmatise la « surpopulation actuelle Â». La régulation par l’émigration est impossible, celle par l’accroissement de la mortalité inacceptable. Reste le contrôle des naissances ; 
- Le gaspillage des terres : il faut maintenir un certain équilibre entre terres de cultures artificialisées et terres naturelles, et mettre en culture en tenant compte de l’aptitude des sols.

 

l’aménagement rationnel :

« Il n’est sans doute pas encore trop tard pour que l’humanité prenne conscience des dangers qui la menacent Â».

« La première et la plus impérieuse nécessité est de conserver la souche de toutes les espèces vivant encore à l’heure actuelle et un échantillonnage complet de tous les habitats Â». Ensuite, on peut aménager en fonction de la vocation des sols : des réserves naturelles intégrales ; des zones entièrement vouées à l’urbanisation, à l’industrie et à l’agriculture ; « une large gamme de milieux Â».

 

- Conservation intégrale d’habitats sous contrôle public, où « la nature y est donc abandonnée à elle-même Â», sur des zones de taille suffisante. Ces territoires sont des conservatoires d’habitats, « une liste des milieux prioritaires doit être établie afin de préserver les plus menacés Â». « La création d’un réseau de réserves intégrales ... exige ... un plan d’ensemble... Â», par exemple sous l’égide de l’UICN. On pourra ainsi sauver de nombreux êtres vivants (en particulier animaux de petites tailles et végétaux, qu’on ne peut garder en zoos), dont l’éventuelle utilité ne nous est pas encore connue. J Dorst évoque l’amélioration d’animaux domestiques ou plantes cultivées grâce à des hybridations avec des espèces sauvages. Les réserves sont « des réservoirs d’où pourront sortir de nouveaux serviteurs de l’homme, de nouvelles combinaisons génétiques ou simplement des stocks de reproducteurs... Â» Elles sont aussi des laboratoires de recherche : évolution des milieux, adaptations d’une faune, d’un biome aux conditions d’un milieu, ... 
- Gestion rationnelle des terres de culture. Il faut conserver le « capital naturel ... le sol Â». 
- Aménagement et gestion des zones marginales, terres impropres à la culture. Maintenir un couvert végétal forestier empêchant l’érosion. J Dorst salue la clairvoyance de Colbert avec son ordonnance du roi Louis XIV sur les eaux et forêts du 13 août 1699. Il évoque aussi la chasse « bien comprise Â» : « les intérêts bien compris des chasseurs s’identifient dans l’ensemble à ceux des protecteurs, notamment en ce qui concerne la conservation des habitats ... Il faut juger sans aucune sensiblerie la chasse et la considérer comme une activité normale et comme l’exploitation légitime d’un capital naturel Â». J Dorst approfondit :
a)l’utilisation rationnelle des grands mammifères. « il est dans certains cas plus rationnel d’exploiter la faune sauvage [qui utilise mieux la végétation] que de la remplacer par des animaux domestiques. Â» J Dorst décrit la nécessaire gestion (ou « aménagement Â») de la grande faune, dont le principe « consiste à entretenir ... le plus grand nombre d’animaux compatible avec la capacité limite en assurant l’abattage annuel d’un nombre marginal d’individus Â» ( cf éléphants, cerfs, bisons, antilopes, ...) . On en tire une rentabilité économique certaine.
b)L’exploitation rationnelle des mammifères et oiseaux marins. Dans le même ordre d’idée J Dorst évoque « l’aménagement Â» rationnel des otaries des iles Pribiloff aux USA, ou du guano au Pérou.
c)Le tourisme de nature. Avec la montée de la civilisation des loisirs, et les pollutions / nuisances urbaines, l’homme est de plus en plus demandeur de nature, d’activités de « plein air Â». Et les déplacements sont de plus en plus aisés. « L’utilisation touristique des ressources naturelles, à condition qu’elle soit bien comprise, permet de concilier ... la préservation de la nature, la rentabilité économique ... et la satisfaction de [ce]besoin grandissant. ... Car si l’homme aime visiter les cathédrales et les palais bâtis au temps passé, il aime aussi admirer les monuments naturels, les paysages et les sites... Â» J Dorst cite les Parcs nationaux américains ( avec routes, pistes, hôtels,... « un remarquable service d’information Â», ...), « une véritable industrie Â», assurant une très bonne rentabilité économique, créant des emplois, et s’intégrant dans la mise en valeur d’un pays. Bien sûr, il faut « prévoir des dispositions préservant la nature contre l’érosion humaine consécutive au flot des visiteurs ... une heureuse réglementation adaptée aux conditions locales Â». Survie en captivité d’espèces menacées. « La survie d’un certain nombre d’espèces animales ne pourra être assurée qu’en captivité Â». J D évoque le sauvetage du cheval de Przewalski, du bison d’Europe, de l’Oryx, ...mais aussi les conservatoires botaniques. Mais attention aux zoos mercantiles qui entretiennent des trafics d’espèces rares (cf Orang Outan), ou aux oiseleurs. Il peut être aussi indispensable de transplanter une espèce (Rhinocéros, ...).

 

Vers une réconciliation de l’homme et de la nature :

« Les grands problèmes de conservation de la nature tels qu’ils se posent à l’heure actuelle sont en réalité étroitement liés à ceux de la survie de l’homme lui-même sur terre .... Le vieux contrat qui unissait le primitif et son habitat a été brisé d’une manière unilatérale par l’homme .... Il convient ... de signer un nouveau pacte avec la nature nous permettant de vivre en harmonie avec elle .... La nature doit être sauvée parce que cela constitue la seule chance de salut matériel pour l’humanité .... L’homme ... n’a pas le droit moral de mener une espèce ... à son extinction. D’abord parce qu’il n’est pas capable de la créer, mais seulement de la conserver. Ensuite ... Parce qu’un jour nous pourrions ... en tirer un profit actuellement imprévisible. Â»

Alors, « l’homme a le droit de tirer le meilleurs parti de la surface du globe par exploitation intelligente, assurant la conservation du capital ... Â» Il faut en revenir à un aménagement du territoire, sur la base de la vocation des sols, des climats, des impératifs biologiques, interprétée par « un comité des sages groupant les spécialistes ... économiste ... sociologue ... biologiste .... Les vastes plans d’ensemble où l’homme se trouve intégré dans la nature relèvent bien entendu de la responsabilité des collectivités... Â»

« La nature sauvage ne doit pas uniquement être préservée parce qu’elle est la meilleure sauvegarde de l’humanité, mais parce qu’elle est belle ...

... Nous n’avons pas le droit d’exterminer ce que nous n’avons pas créé ...

... La nature sauvage ne sert à rien, disent les technocrates actuels .... Mais le Parthénon ne sert à rien non plus ... Notre Dame est complètement inutile .... Et pourtant l’homme, s’il s’en donnait la peine pourrait refaire dix fois le Parthénon. Mais il ne pourra jamais recréer un seul canyon ...

...La nature ne sera en définitive sauvée que par notre cÅ“ur. Â»

 

Notes de lecture par Gilles Pipien

 

Liens externes

Les sites de référence, les incontournables

- Millenium Ecosystem Assessment :

L’étude de référence, publiée en mars 2005 sous l’égide de l’ONU. Un travail d’inventaire sur le terrain, conduit dans 95 pays par 1360 experts. Disponible intégralement en anglais sur lesite officiel.

A noter aussi l’excellent travail de synthèse réalisé par l’ONG GreenFacts, disponible lui en français.

Par ailleurs, Christian Brodhag, aujourd’hui délégué interministériel au développement durable, propose sur son site personnel une "note de lecture", avec notamment quelques tableaux synthétiques sur les services rendus par la nature pour le bien-être humain.

- Objectif 2010 pour la biodiversité : En avril 2002, les gouvernements se sont engagés « à assurer, d’ici 2010, une forte réduction du rythme actuel de perte de diversité biologique aux niveaux mondial, régional et national, à titre de contribution à l’atténuation de la pauvreté et au profit de toutes les formes de vie sur la planète ».

- Convention sur la Diversité Biologique :

Signée à l’occasion du Sommet de la Terre de 1992 à Rio, la Convention sur la Diversité Biologique a pour objet la gestion durable des ressources biologiques à l’échelle planétaire. Le texte le la convention est disponible en français. (Format pdf)

- La CITES (Convention internationale sur le commerce des espèces menacées). Le texte intégral est disponible en français.

- IMoSEB :

Annoncé à l’occasion de la conférence "Biodiversité, Science et Gouvernance", l’IMoSEB (International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity) oeuvre à la création d’un mécanisme d’expertise international sur la biodiversité, analogue au GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat - IPCC en anglais).

- MAB France, le Site français du programme Man And Biosphere (MAB) de l’UNESCO

- La Fondation pour la recherche sur la biodiversité :

Lancée officiellement par les ministres de l’Ecologie et de la Recherche, en février 2008, la FONDATION POUR LA RECHERCHE SUR LA BIODIVERSITE (FRB) unit les organismes publics de recherche, les associations de défense de l’environnement, les gestionnaires d’espace et de ressources biologiques, ainsi que les entreprises autour d’un unique but : relever les défis de la biodiversité.

Elle regroupe et remplace deux structures existantes en amplifiant leurs missions : l’Institut français de la biodiversité et le Bureau des ressources génétiques.

- Le site de la conférence internationale "Biodiversité, science et Gouvernance", qui s’est tenue à Paris du 24 au 28 janvier 2005, avec notamment un accès en ligne aux synthèses des débats.

- La Stratégie Nationale pour la Biodiversité, sur le site du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable.

- Le GBIF, un espace sur internet dédié à la biodiversité dans le monde, orienté vers les chercheurs et décisionnaires, mais accessible à tous.

- Le Ministère des Affaires Étrangères (MAE) propose sur son site un dossier sur le défis mondial de la biodiversité.

- Le dossier "La biodiversité du littoral" sur le site Science Ethique.


Les sites des associations, fondations, ...

- l’Union mondiale pour la nature, anciennement IUCN et le site du comité français pour l’UICN. Le comité français pour l’UICN a par ailleurs dédié un site aux espèces envahissantes dans les collectivités françaises d’outre mer.

- France Nature Environnement rassemble près de 3000 associations réparties sur l’ensemble du territoire, pour la préservation de la nature et de l’environnement.

- Planète Nature, le site de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH), et le portail de la campagne "Sans nature, pas de futur !", plus particulièrement consacré à la biodiversité.

- Semences Paysannes, un réseau d’organisations paysannes et d’associations de conservation de la Biodiversité.

- Natureparif, l’agence régionale pour la nature et la biodiversité en Ile de France, a vocation à devenir l’observatoire régional de la biodiversité et à animer le forum de tous ceux qui participent à la connaissance et à la préservation de la biodiversité francilienne.

- Biodiversité en Poitou-Charentes : Le Réseau Partenarial des Acteurs du Patrimoine Naturel, animé par l’Observatoire Régional de l’Environnement, a pour objectifs d’améliorer la circulation, la valorisation et l’information sur la biodiversité pour tous les publics en Poitou-Charentes.

- Inspire... Une association pour réinscrire l’économie dans le vivant.

- La ligue ROC, association de protection de la nature, présidée par Hubert Reeves, et donc les objectifs prioritaires sont de préserver la faune sauvage, faire reconnaître le statut d’"être sensible" à tout animal, et défendre les droits des non chasseurs.


Références scientifiques :

- Le Muséum National d’Histoire Naturelle

Tout sur les activités du Muséum, les expositions, le Muséum pour tous, les ressources scientifiques en ligne, etc.

et

- l’Inventaire National du Patrimoine Naturel

Base d’informations relatives au patrimoine naturel en France (espèces végétales, espèces animales, milieux naturels et patrimoine géologique) et son évolution récente à partir des données disponibles au Muséum national d’Histoire naturelle et celles du réseau des organismes partenaires de l’inventaire national du patrimoine naturel.

- Le GBIF ou Global Biodiversity Information Facility (Système Mondial d’Informations sur la Biodiversité) est un projet scientifique international visant à rassembler sur Internet toute l’information connue sur la biodiversité. Il connecte ensemble des bases de données d’observations dans la nature et de collections d’histoire naturelle. A ce jour, près de 115 millions d’enregistrements sont disponibles. Le site français du GBIF est disponible à l’adresse suivante : http://www.gbif.fr

- Le dossier biodiversité du CNRS / Sagasciences

Voir aussi :

- Centre d’Echange Français pour la Convention sur la Diversité Biologique

- L’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationale) et sa page thématique sur la Biodiversité.

- The Tree of Life : Un travail collaboratif remarquable, malheureusement uniquement en anglais, avec une base de ressources exceptionnelle (sans mentionner l’iconographie) sur la diversité du vivant.

- DIVERSITAS : Projet de coopération scientifique international sur la Biodiversité.

- Le journal du CNRS - Mai 2006 : Edito et dossier spécial : "5 défis pour la Biodiversité". Voir aussi "Menaces sur la biodiversité"

- "La biodiversité, le vivant dans tous ses états" : Un dossier très complet, proposé par le centre IRD (Institut de Recherche pour le Développement) de Nouméa.

- "La biodiversité, un enjeu mondial, une question de société". Un dossier réalisé par le Cemagref.

- Les sols sont vivants. Ils sont même la base de la pyramide écologique, et pourtant si méconnus. Le site du Groupement d’intérêt Scientifique Sol (GISOL) est une vraie référence sur ce sujet. Découvrez le ici.


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Photo : Marc Keller
 
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Le fantastique spectacle des migrations de papillons Monarque mérite l’attention et la protection de l’humain.

Photos : Michel Lamarche FindNature.com
Musique : Robert Len robertlen.com
Texte : Hubert Reeves


www.biodiversite2012.org

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